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 La nuit des artistes

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MessageSujet: La nuit des artistes   Mer 30 Mai - 19:36


30ème année de l'ère du Dragon, 15ème jour du mois de Drakonis.

Je serrais entre mes doigts fins et délicats, mon verre en argent tout en déambulant dans l’assistance d’un pas lent. Mon regard balayait la foule comme s’ils étaient à la recherche de quelque chose ou quelqu’un. En réalité, ce n’était pas du tout le cas. Ceci n’était qu’une façon de me protéger, de me rassurer et de cacher mon désarroi. Car perdue, je l’étais et je n’avais aucune planche salutaire à laquelle me raccrocher. Je savais parfaitement qu’aucun visage connu et un tant soit peu amical ne se trouvait dans cette foule. J’étais très anxieuse, nerveuse même. Mon coeur battait la chamade. Je le cachais tant bien que mal. Et j’étais absolument mal à l’aise. Ma timidité reprenait le dessus dès que je me retrouvais dans un endroit inconnu et seule. Et comble de tout, c’était moi qui était l’invitée d’honneur de ce vernissage. Autrement dit, tous les regards étaient tournés vers moi et tous voulaient me rencontrer pour échanger quelques mots. Serais-je à la hauteur ?... Si je pouvais devenir une petite souris pour aller me cacher dans un coin, je le ferais. Mais cela m’était impossible, n’est-ce pas ?! D’autant que je savais parfaitement ce que cette exposition impliquerait. J’avais beau le savoir depuis longtemps, je n’étais pas préparée. Je ne l’aurais jamais été, de toute façon. Cette timidité, qui découlait de ma particularité, était viscérale chez moi. Aussi, aurais-je eu une année entière pour me préparer à cette soirée, que cela n’aurait en rien changé ma façon d’être en ce moment-même.

Je serrais entre mes doigts fins et délicats, le médaillon que je portais autour du cou. Un cadeau de mon frère adoré. Ce bijou représentait beaucoup pour moi. C’était une partie de lui, qui m’accompagnait dans tous mes déplacements. Même s’il n’était pas présent physiquement, c’était tout comme. Mon index glissait sur l’initiale L qui était écrite en diamants. Ce geste me rassurait un peu. Je pensais à lui, aux mots qu’il avait eu pour m’encourager avant mon départ. Il m’avait toujours poussé à m’exprimer à travers la peinture. Il a toujours cru en moi. Aussi, je ne pouvais le décevoir. Il a toujours pensé que j’avais du talent. Et aujourd’hui, il n’était plus le seul. Intégrer le Mécénat Vengélion était une véritable reconnaissance. Il s’agissait d’un très grand honneur. !j’exultais de joie, littéralement et intérieurement. Jamais je n’aurais osé montrer de tels sentiments en public. D’ailleurs, tout se passait pour le mieux. J’ai eu le privilège d’échanger avec les grands artistes de ce monde, quasiment tous réunis ici ce soir. Malgré le malaise dans lequel je me trouvais, il m’en restait pas moins que cette soirée était l’une des plus merveilleuses de mon existence. Je n’avais jamais espéré, ne serait-ce que touché du bout du doigt, cette sphère artistique si élitiste. Et maintenant, j’en faisais partie. Je vivais un rêve éveillé. Tout cela me mettait du baume du coeur.

Je serrais entre mes doigts fin et délicats, la bordure de la manche de ma robe. Mes pensées se tournèrent vers Azelaïs, ma chère amie, qui s’était donné beaucoup de mal pour me confectionner cette splendeur. Elle était dotée d’un talent certain et d’une fibre créatrice unique. C’était ce qui m’avait séduit dans ses créations. Et puis, elle savait bien comment transformer un simple morceau de tissu en armure. Car, c’était ainsi que je voyais cette robe. Une armure me permettait de protéger mon secret. Personne ne verrait rien. Jamais. De plus, grâce à cette somptueuse robe, je pouvais me fondre dans la masse. Elle était tout à fait appropriée à mon rang et discrète de part sa couleur corbeau. Elle ne possédait pas non plus de décolleté vertigineux comme toutes les femmes à la mode. J’étais assurée de ne pas attirer les regards. Et c’était parfait ainsi. Si parfait que je n'avais nul besoin de porter sur mes longs cheveux d’or, la capuche, laissant ainsi apparaître ma longue chevelure ornée d’une discrète parure d’or et d’opales. J’esquissais un petit sourire, à peine visible, tout en continuant de traverser la foule. Néanmoins, perdue dans mes réflexions, je ne fis plus très attention où je mis les pieds. Aussi, je bousculais doucement quelqu’un. Me tournant rapidement vers l’inconnu, le visage rouge et affreusement gênée, je ne pus que bégayer quelques mots :


- Oh! Pardon!… Je… Heu…. Vous prie…. De… Heu…. Je suis… Désolée….

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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Ven 22 Juin - 0:01

~♪~


C’était une douce nuit qui avait pris place dans le palais d’Iving ce soir-là. Un air chaud venait chasser les dernières engelures de l’hiver et apportait avec lui les senteurs épicés du sud du Duché. Son nez pouvait presque en frétiller. Le palais, comme à son habitude, resplendissait même dans la nuit du faste et de la dorure qui lui étaient coutumière, reluisant comme un phare au milieu des ténèbres, et nombre de personne du grand monde s’étaient donnés rendez-vous ici, cette nuit, afin d’admirer les œuvres d’une nouvelle artiste peintre faisant son entrée dans le Mécénat. Une artiste d’une part, au talent certain, mais aussi une baronne de l’autre bout du royaume, venue tout droit des terres d’Orswytch. Une baronne solitaire et silencieuse, discrète comme une ombre au regard fuyant et à l’air perdue, jetant sans l’once d’un espoir son regard hagard d’un bout à l’autre de la salle. Pauvre petit pantin, perdu au milieu de la scène sans que personne ne vienne en rattraper les fils. Pauvre petite marionnette partant à la dérive au milieu des masques souriants et des visages méconnus, des regards indiscrets ou méprisants de ce terrible monde qu’était celui des grands hommes. Pauvre petite chose, isolée, fragile, boitillant presque sur le parquet animé des danses et des pas en rythme. Autour d’elle, seules des ombres sans visages pinaillaient de futilités et de bassesses abscondes, mais pas une main tendue, pas un regard assez attentif pour voir la détresse de la petite créature. Et pourtant, qu’il était adorable ce petit agneau au milieu des loups.
Pourtant, parmi les êtres masqués aux visages inexistants qui faisaient tinter leurs verres de cristal à l’appel de la bien séance, malgré l’omniprésence de la froideur obscure et l’hostilité passive d’une scène où l’on n’a pas sa place, une autre ombre avait jeté son dévolue sur la pièce. Une autre ombre était venue étendre ses griffes noires autour de la soirée. De là où elle était, elle gardait son regard posé sur l’entièreté de la scène, et la petite chose boitillante avait attiré son attention délétère. Et tandis qu’elle l’observait, le coude négligemment posé sur une rambarde de marbre, la joue posée sur une main, un verre vide entre les doigts gantés de l’autre, un fin sourire narquois vin se dessiner sur ses lèvres blanches. Dans son regard de cristal, une lueur liquoreuse scintilla un instant d’un éclat inquiétant.

« Dois-je préparer notre départ, Saron ? »

Une voix grave et sombre s’était adressé à lui dans son dos, arrachant le parfumeur à ses rêveries. Il se redressa nonchalamment, portant son regard sur camarade de l’ombre. Ce pauvre Darius avait décidément vraiment du mal avec ces soirées mondaine. Cela dit, il pouvait le comprendre : avec cette haine de la noblesse qui lui était propre, cet endroit devait lui être aussi agréable qu’un buisson de plante urticante. Le parfumeur lui adressa un sourire amusé avant de répondre.

« Je ne compte pas partir si vite, mon ami ! La soirée ne fait que commencé. Et puis, j’ai encore quelques affaires à régler. Mais je t’en prie, pars devant et prépare la suite des opérations. Je ne suis pas un monstre au point de te forcer à rester dans cette situation inconfortable plus longtemps… » Minauda, non sans ironie, l’homme à la chevelure d’opale.

« Oh que si, tu es ce genre de monstre. » Rétorqua l’homme en noire, un sourire sordide sur les lèvres répondant à celui qui s’affichait maintenant sur les lèvres de son partenaire de crime.

« Seulement lorsque la situation l’exige. »

L’étrange parfumeur observa  un instant, sans perdre son sourire, le départ de son acolyte, quittant la soirée pour rejoindre le royaume des ombres, ourdir la suite de leur merveilleux projets. Suite à cela, il poussa un soupir serein, un sourire amusé sur les lèvres avant de reporter son regard perçant sur la jeune baronne encore à la dérive, ses fils de pantin pendants sur les côtés tant et si bien qu’elle en était toute déboussolée. Il serait bien cruel de la laisser dans un tel état. Oui, le parfumeur avait encore à faire ce soir.

Se glissant au milieu de la foule avec l’agilité d’une anguille, il vogua avec aisance au milieu des êtres et des âmes qui valsaient et se charriait avec candeur et hypocrisie déliquescente, dansant presque en glissant sur le parquet, le serpent s’approchait de son diner, silencieux, son regard aux pupilles trop rétractés rivé droit sur lui. Et l’orchestre continuait la délicate mélodie, ignorant qu’en ce simple vernissage, ici dans la demeure ducale d’Iving, au vu et su de tous, c’était l’Histoire qui s’apprêtait à se jouer.

Et un, et deux, et trois ♪

Elle approche et tourne autour de toi.

Et quatre, et cinq, et six ♪

L’ombre qui t’attire aux abysses.

Un choc contrôlé et la belle se brise. La carapace s’ouvre et les ombres s’introduisent. Le rouge monte aux joues et les balbutiements tentent d’exprimer piteusement, vainement, des excuses inutiles s’il en était. Car bien sur ici, la pièce ne faisait qu’être joué. Le parfumeur feint la surprise, ouvrant plus grands les yeux, puis tente de rassurer la douce sur un ton mélodieux.

« Oh non, je vous en prie ! C’est ma faute, je ne regardais pas où j’allais, j’étais bien trop occupé à admirer ce tableau un peu plus loin. Vous… Vous n’avez rien ? »

L’aidant à se redresser, le parfumeur la dévisagea un seconde avant de hausser un sourcil de surprise, suite à quoi un large sourire s’afficha sur ses traits.

« Oh ! Mais vous êtes Dame de Montjoye ! » L’homme recula d’un pas et lui adressa une révérence fort maitrisée. « C’est une joie véritable de vous rencontre, ma Dame. »

Saron se redressa et planta son regard luisant d’admiration et d’enthousiasme dans celui de la baronne, un sourire extatique sur les lèvres comme s’il venait de rencontrer son héro d’enfance.

« Sachez, ma Dame, que je suis absolument admiratif devant votre fibre artistique. Cette émotion palpable que vous faites passer dans vos toiles, la profondeur de vos peintures, la maîtrise de votre art et l’audace que vous avez à briser les carcans trop étroits par votre originalité et votre liberté créatrice : splendide ! »

Soudain, l’homme se ressaisit en posant la main sur sa bouche en O.

« Mais quel idiot ! Je ne me suis pas présenté. » Il s’inclina légèrement en tendant la main à son interlocutrice. « Saron Sharazhar, maître parfumeur. Charmé. » D’un geste habile, il décrocha la rose blanche qui lui servait de boutonnière, celle-ci était délicatement parfumé d’effluve fort douce et agréable aux senteurs légèrement sucrée, puis la tandis en cadeau à la baronne avant de lui adresser un sourire courtois. « Soyez la bienvenue à Iving, Dame de Montjoye. »

Et sept, et huit, et neuf ♪

Et la ferveur est planté dans l’œuf

Et dix, et onze, et douze ♪

Quand la passion se drape de rouge ♥️.



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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Ven 29 Juin - 23:53


J’essayais de m’excuser d’avoir bousculer cette personne, mais j’avais plutôt l’impression de me noyer dans un océan de bafouillages. C’était absolument désagréable. J’espérais que l’homme que j’avais heurté ne m’en tiendrait pas rigueur. Heureusement pour moi, ce fut le cas. Il prit la faute sur lui, disant qu’il était « bien trop occupé à regarder un tableau ». Vraiment ? C’était possible ça ? Qu’une de mes toiles soit si prenante, si captivante ? Je n’étais qu’une modeste peindre. Malgré tout, ce compliment, car c’en était bien un, remplit mon for intérieur d’une douce chaleur apaisante. Je m’autorisais à croire que cela puisse être vrai, quelque part. Et cela me fit très plaisir. Mes traits se détendirent et j’esquissais un sourire à cet inconnu. J’allais d’ailleurs le remercier et me retirer lorsqu’il me reconnu. Et là, il se lança dans une tirade élogieuse absolument merveilleuse pour n’importe qui, sauf pour moi. Je l’écoutais sans rien dire, n’osant l’interrompre. Mais ce que mes mots ne pouvaient exprimer, mon visage le faisait parfaitement. Mes joues s’empourprèrent de plus en plus, à chacun de ses compliments. Mon sourire était de plus en plus en crispé et mes doigts s’agitaient nerveusement sur le bord de ma coupe. Mon regard se perdait, cherchant quelque chose de rassurant à quoi s’accrocher. Je ne savais plus où me mettre. Il parlait vraiment de moi là ? De ma peinture ? J’étais capable de susciter un tel engouement ? De transmettre autant d’émotions qu’il le disait ? Vraiment ? … Ca me paraissait trop. Beaucoup trop pour moi.

Néanmoins, je me surpris à aimer ces douces paroles enjôleuses. Après, j’étais invitée par le Mécénat Vengélion. Alors si eux croyaient en mon talent, d’autres aussi. Il m’était difficile d’accepter que je puisse être aussi douée. Mais une partie de moi, n’attendait que ça, d’y croire sincèrement. C’était vraiment inhabituel et agréable d’être couverte de compliments et de félicitations. Aussi, je les acceptais, bien que timidement. Je finis par esquisser un sourire réservé mais sincère, plein de gratitude à l’homme face à moi. J’allais le remercier, mais il ne m’en laissa pas le temps. Il poursuivit tel un moulin à paroles. Ce qui n’était pas pour me déplaire. Au moins, je n’avais pas à combler des vides gênants par une conversation stérile.

Lorsqu’il eu terminé, il me tendit une magnifique rose. Mes joues rougirent de nouveau. Ma main s’avança lentement, avec une certaine hésitation, comme si je n’étais pas certaine qu’elle m’était destinée. Je finis par la saisir et la portais avec un sourire timide, à mon nez. Son parfum était doux, délicat et sucré. Je n’avais jamais rien sentis de tel. Cette succulente odeur sucrée me rappela quelques délicieuses pâtisseries dont je raffolais. Mes yeus se mirent à scintiller et mon sourire s’élargit. Il existait dont une telle merveille. Une fleur sentant le gâteau ?… Mais c’était absolument prodigieux ! Il m’en fallait quelques pieds pour mon jardin.

Et sans même m’en rendre compte, ma gêne disparue. Ma timidité s’envola. Mon corps se décrispa. Et je souris pleinement au parfumeur.


- Je vous sais gré, Sieur Sharazhar, de votre accueil si délicieusement parfumé.

Je reniflais la rose tout en offrant un doux sourire.

- Vos compliments ont su touché le coeur de la modeste peintre que je suis, bien plus que les mots ne sauraient l’exprimer. Soyez assuré de toute ma gratitude pour l’intérêt que vous portez à mes toiles.

Je fis une petite révérence en écartant légèrement un pan de ma robe sombre. Puis, j’humais une nouvelle fois la fleur sucrée. Un radieux sourire illuminait les traits de mon visage.

- Je n’ai jamais senti une rose dégageant un tel parfum… Comment se nomme-t-elle ?… Est-ce qu’il serait possible de vous commander une eau de parfum basée sur cette charmante odeur sucré ?...

Puis, soudain, ne rendant compte de ce que j’étais en train de faire, je me rougir violemment.

- Oh pardon ! Je suis navrée de vous parler de travail alors que vous êtes venu à cette soirée pour vous divertir…. Je… Heu…. Je suis terriblement confuse….

Et voilà, il fallait que je fasse une boulette. Mes yeux étaient de nouveau en train de chercher à gauche, à droite, une issue de secours à cette situation embarrassante. J’étais vraiment une catastrophe ambulante.


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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Sam 30 Juin - 2:04

~♪~


Depuis l’ombre de sa chevelure tombante, le parfumeur put apercevoir les doigts tremblotants, crispés, malaisés de la jeune peintre pianoter nerveusement sur le gobelet vide qu’elle tenait. Et cela le fit sourire, son visage dissimulé, toujours incliné, affichait une expression amusée et sordide sans qu’il ne se laisse pour autant distraire. Il était simplement satisfait du résultat. Car tout se déroulait exactement comme prévu. Et la douce était sensible, et les effluves firent leur effet. L’homme à la chevelure fantasque se redressa doucement, portant sur l’autre artiste un regard doux, pétillant d’intérêt et d’amusement, tous deux aussi sincère l’un que l’autre. Un fin sourire, entre la courtoisie et la narquoiserie taquine, venait habillait ses traits, et son regard bleu de cristal restait posé sur son interlocutrice, tachant toutefois de ne pas se montrer trop oppressant.

Et voilà la fleure qui se découvre, la voilà qui ouvre ses pétales étouffants pour montrer un instant seulement la douceur de son cœur de velours. Qu’il est charmant, qu’il semble soyeux, le petit bouton de rose qui se présente à lui. Il demeure silencieux, visiblement heureux de la voir se découvrir un instant, fugace certes, mais certains, de sa pudeur maladive et de sa navrante timidité. Il pouvait voir dans son regard pétiller quelques émotions nouvelles, s’exciter au fond de ses yeux. Et dans le siens, une lueur y répondit un instant, fugace et subtile, quoique réelle. Mais s’agissait-il seulement là d’autre chose que d’un reflet ? Seules les ombres pouvaient le savoir. Et la réponse attisa leur hilarité.

Le parfum fut à son gout, voilà qui était plaisant ! Encore une fois, le nez du marchand ne l’avait point trompé. Une personnalité aussi fragile et renfermée, presque trop couvée devait certainement aimer la douceur et le réconfort. Et quoi de mieux que la pâtisserie pour apaiser les âmes les plus esseulées ? C’était fort bien, mieux encore que ce qui était attendu car elle en redemandait, ce qui le surpris agréablement. La petite osait sortir de sa zone de confort ? Ah … Non. Pas si vite. Pas trop vite. La voilà déjà se rétractant. Mais peu importait. Car si elle avait osé sortir le bout de son joli minois de ce enceinte érigé autour d’elle, elle avait par la même fragilisé ce sombre mur. Ne restait plus qu’à gratter délicatement la brèche avant qu’elle ne se résorbe.

« Wouhoho, ne soyez point navrée, noble dame ! » Réagit le parfumeur en s’amusant sans animosité de sa réaction. « Après tout, nous ne parlons point là de commerce, mais bien d’art. N’est-ce pas ici le thème de la soirée ? »

Saron adressa un sourire gentiment railleur à la petite baronne, comme pour dédramatiser la situation. Puis, il reprit d’un air plus sérieux, gardant toujours son sourire avenant et prenant un ton à la fois sérieux et mélodieux, doux comme un mélange de lait et de miel.

« En effet, navré de vous décevoir, mais ce parfum ne doit rien à la rose qui le porte. Ce n’est qu’une simple rose et sa fragrance est l’une de mes créations. Voyez-vous, vous jouez avec les pigments et les pinceaux pour créer vos œuvres, exprimer ce que vous êtes et dépeindre votre vision du monde, pour ma part mes instruments sont plutôt les alambics et les essences. Mais le travail est sensiblement le même : créer. » Les yeux du parfumeur s’illuminèrent à ce mot. «  Toucher les cœurs, émouvoir les âmes, éveiller les souvenirs, dévoiler une vérité, porter un message, par le simple fait d’exprimer notre nature profonde. Tel est un peu le lot, le don et la malédiction des artistes, pour vous comme pour moi. Mes parfums sont pour moi des œuvres tout comme le sont vos tableaux pour vous. Aussi, que l’un d’entre eux puisse vous émouvoir à vous en faire sourire est pour moi une parfaite récompense de mon travail. »

L’homme lui adressa un signe de tête révérencieux, fermant les yeux en souriant d’un air serein avant de reprendre d’un air plus taquin.

« Et je ne manquerai pas de vous faire parvenir un flacon de cette dernière création ! » L’air pensif, il détourna le regard en se frottant son menton. Ce menton trop pointu, peu gracieux et étrange qui lui donnait pourtant un certain charisme à défont d’une véritable beauté. « Toutefois, ce parfum-là étant récent, je crains ne pas lui avoir encore trouvé de nom… Je manque cruellement d’inspiration ces derniers jours, c’est bien ma veine. »

Le regard du parfumeur s’illumina soudain d’une étincelle tandis qu’il se redressait brusquement, comme parcouru d’un courant électrique. Il reporta son attention vers son interlocutrice, semblant pris d’une soudaine illumination, comme si un quelconque ange était venu susurrer à son oreille les vérités du Créateur.

« Mais je sais ! Et si vous m’aidiez à le baptiser ? » Un large sourire affubla ses traits, son regard pétillant d’excitation. « Ce serait vraiment une chose merveilleuse ! Deux artistes œuvrant de concert sur une même œuvre, alliant leurs sensibilités pour atteindre un résultat inconnu et explorer un nouvel horizon ! Nous pourrions créer quelque chose de fabuleux, quelque chose de jamais vu et d’aussi unique que nous ! Nous pourrions… » Un voile opaque passa devant ses yeux et Saron sembla se calmer soudainement, secouant la tête en détournant le regard. « Oh… Excusez-moi, je m’emporte comme à mon habitude. Je ne voudrais pas vous importuner avec mes fantaisies, noble baronne. Vous avez certainement bien mieux à faire que d’accompagner un pauvre et modeste parfumeur dans ses exubérances fantasques. »

Et dans son regard absent, absorbé par le néant face à lui, une lueur de névrose nostalgique, comme un relent de tristesse, passa furtivement dans ses yeux trop clairs, fugace et subtile, quoique réelle.

Mais s’agissait-il seulement là d’autre chose que d’un reflet ?

Seules les ombres pouvaient le savoir.

Et la réponse attisa leur hilarité.

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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Lun 2 Juil - 23:44


Je bafouillais quelques nouvelles excuses, rouge de honte. Comment ai-je pu dire une bêtise aussi énorme ? J’étais terriblement gênée par ma propre attitude. Mais voilà quelque chose de merveilleux se produisit. Non seulement le parfumeur ne m’en tint pas rigueur mais en plus, il su trouver les mots rassurants pour calmer mon esprit tourmentée par la honte. Il mit cela sur le compte de l’art et non du commerce. Cela m’apaisa instantanément et mon visage reprit une couleur plus appropriée. Mon regard se posa sur mon interlocuteur, plein de gratitude. Je lui offris un petit sourire tout aussi reconnaissant.

- Oui, vous avez tout à fait raison Sieur Sharazhar.

J’ignorais s’il m’avait rassuré par une délicate politesse ou s’il pensait vraiment ce qu’il disait. Quelque part cela n’avait pas d’importance car dans les deux cas, il y avait une évidence flagrante : le parfumeur était un être doté d’une sensibilité particulière. Une sensibilité que je connaissais fort bien. Celle des artistes. Du coup, ce Sieur Sharazhar me devint immédiatement sympathique.

Je le laissais poursuivre sans l’interrompre. Et la suite confirma ce que je pensais de lui. Il avait la fibre créatrice à m’en pas douter. Ses yeux pétillaient lorsqu’il parlait. Il savait décrire à la perfection la raison d’être, l’essence-même de nos arts respectifs. Il était dans le vrai lorsqu’il disait que nous faisions une chose identique : créer. Oui, tout à fait ! Je me laissais emporter par sa verbe, littéralement suspendue à ses lèvres, mes yeux scintillants à chacune de ses phrases et le visage enjouée. J’adorais ça, discuter avec quelqu’un « de mon monde »… Hum… Non, je n’aimais pas cette expression. Plutôt quelqu’un qui était en mesure de me comprendre. De saisir tout cet imbroglio d’émotions qui donne naissance aux plus grands chefs-d’œuvre, dans la douleur. Car le coeur d’un artiste est fragile et s’exposer ainsi avait quelque chose d’affreusement terrible, néanmoins, cela nous était vital. Ne pas créer, c’était nous tuer. 

La passion qui animait le parfumeur en cet instant m’entraînait dans son univers. Et je devais reconnaître que j’aimais cela. Je n’avais jamais eu l’occasion jusqu’à présent, de converser avec un parfumeur. De me voir expliquer l’art de la parfumerie de la sorte. J’étais très curieuse. D’une part parce que j’aimais les senteurs agréables. Et d’autre part, parce que le Sieur Sharazhar savait susciter l’intérêt.

Lorsqu’il proposa de me faire parvenir un flacon, j’eus à peine le temps de répondre :


- Oh je vous en remercie...

Puis, le ton changea. J’écoutais toujours avec attention ses paroles et elles me fendirent le coeur. Les traits de mon visage s’étirent pour passer de la joie à la tristesse et à la compassion. Je connaissais bien aussi ses passages à vides, absolument insupportables. J’en étais désolée pour lui, d’autant que cette senteur était parfaite. Elle lui avait été inspirée par la grâce divine et il aurait dommage de s’arrêter en si bon chemin. J’aurais voulu l’aider, car moi, j’avais un nom tout désigné pour ce parfum. Il a su éveillé d’agréables souvenirs sucrés. Et j’avais presque envie de dévorer cette rose. D’ailleurs, je commençais à avoir un petit creux. Réaction suscitée sans aucun doute par cette pâtisserie délicieuse qui se rappelait à moi.

De nouveau, sans que j’ai le temps de dire quoique se soit, voilà qu’il partait de nouveau dans une envolée lyrique. Les paroles qu’il prononça me laissèrent complètement interdite durant quelques brefs instants. Je le fixais avec de grands yeux ronds, plein d’étonnement. Je ne pensais pas qu’il irait me proposer de l’aider, de lui-même. On ne me demandait jamais mon aide, pour rien. J’étais une incapable… Alors là… Bien sûr que je voulais lui apporter mon soutien et le sortir de sa mauvaise passe créatrice, mais je n’aurais jamais eu le courage de lui proposer. J’étais bien trop réservée et réaliste sur mes propres compétences. Je serais plus un boulet pour lui qu’une véritable aide.

Néanmoins, là, cette proposition venait de lui…. Bien sûr, il se rétracta aussitôt. Et étrangement, je sentis un pincement au coeur. Je me rendis compte que cela m’avait fait plaisir qu’il me le demande et j’avais terriblement envie d’accepter. D’autant qu’il me faisait vraiment de la peine en cet instant. Je voyais bien que son regard s’était éteint. Lui, qui avait été si pétillant, qui parlant, si vibrant d’émotions, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Je me sentais proche de cet artiste car moi aussi, j’en étais une. Et j’aurais aimé qu’on me tende une main bienveillante dans les moments creux de mon existence créatrice.


- J’accepte Sieur Sharazahr ! Oui, faisons-le ensemble ! Donnons un nom cette essence ! Fis-je avec une fermeté, une détermination et un enthousiasme qu’on ne m’aurait pas attribués.

Puis, réalisant ce que je venais de dire, mes joues s’empourprèrent de nouveau. Comme si les mots étaient sortis d’eux-mêmes sans aucune maîtrise de ma part.


- Heu… Enfin, je…. J’espère ne pas être un poids dans votre élan créateur… Heu… Je…

Je baissais la tête et j’osais à peine jeter de brefs coups d’oeil vers lui, par en-dessous, en jouant nerveusement avec la tige de la rose en la faisant rouler entre mes doigts.

- C’est que…. Je me sens attristée de vous voir dans la détresse, ainsi…. Je… Heu…. Je... Je n’ai que de maigres connaissances dans votre domaine…. Alors… Heu…. Je ne sais pas si… Je serais d’une grande aide…. Heu… Mais je ferais de mon mieux….

Car même si pour moi, le nom était tout trouvé, je ne pouvais décemment pas proposer quelque chose d’aussi réducteur et peu émotionnel. « Loukoum ». Voilà comment je ressentais son essence.

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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Mar 3 Juil - 21:59



Le visage du parfumeur se releva doucement lorsqu’il entendit la voix de Lorian soudainement aussi sûr d’elle et avec de tels propos qui plus est, aussi téméraire et vaillante : on aurait dit que la douce s’apprêtait à partir en croisade ! C’était vraiment cocasse, presque attendrissant. Le petit agneau templier… Voilà un beau conte pour enfant. Dommage que dans ce monde-là, ce genre de conte connaissait irrémédiablement une morale bien plus incisive. Quoi qu’il en soit, cela sembla lui faire plaisir, du moins c’est ce qu’on pouvait lire dans son regard qui retrouvait une forme de pétillement. Il gardait sur les lèvres une expression légèrement surprise, puis ses traits s’attendrirent, s’adoucirent lorsqu’il fut témoin, une fois de plus, de la jeune fleure qui se rétractait si soudainement. La pauvre petite semblait décidément bien peu sûr d’elle. Cela dit, Saron savait encore s’y prendre avec ce genre de fleur là. Il suffisait de devenir une part de leur jardin : à défaut de leur donner confiance en elle, il fallait leur donner confiance en nous même. Un glissement de confiance était tout ce qu’il fallait… Un émule, un réceptacle et tout était joué.
Le parfumeur s’approcha à nouveau de la dame, un sourire qui se voulait à la fois rassurant et reconnaissant sur les lèvres. Il lui adressa une légère révérence comme un signe de remerciement.

« Je vous remercie, madame. Votre bonté et votre douceur n’ont d’égale que votre talent pour la peinture. Votre volonté de me venir en aide me touche. »

Il se redressa plus vivement, le regard débordant de joie, un large sourire aux lèvres. L’étrange personnage était visiblement emplie d’excitation, un peu plus et l’on aurait pu le voir sautiller sur place.

« Mais oui, ce sera merveilleux ! Merveilleux ! Et puis après tout, puisque ce sera votre cadeau, il est normal que vous ayez votre mot à dire ! Ce sera un peu comme une création rien que pour nous ! Il nous faut un nom, il nous faut un nom qui lui irait au mieux ! »

Il se calma légèrement, semblant prendre conscience qu’il s’emportait. Cela dit, ce n’était pas les regards alentours qu’on pouvait lui lancer qui semblaient le tranquilliser, mais plutôt l’attention de ne pas brusquer la petite baronne. Son regard chercha un instant le sien, de façon peut-être un peu joueuse et taquine, mais sans toutefois se montrer trop envahissant. Un sourire plus joueur vint se dessiner sur ses lèvres, comme s’il cherchait à s’amuser avec la noble. Il ressemblait à un enfant narquois qui cherchait simplement à s’amuser avec un autre enfant, les deux seuls gamins de cette cérémonie diablement ennuyeuse.

« Ne soyez pas défaitiste : je suis certain que vous avez une imagination débordante ! Vos tableaux en sont la preuve : ils sont débordant de vie. Ce ne sont pas que des reproductions plates et froides du monde réel, ce sont de véritables petits rêves capturés entre des carcans de bois. Je le sais, je suis un artiste aussi, et je ne me trompe pas quand je crois voir une œuvre d’art ! Alors laissez simplement parler votre sensibilité, et faites-lui confiance. D’accord ? » Le parfumeur se redressa en riant légèrement, un rire léger et cristallin. « Et puis, nul besoin de se presser ! Nous avons toute la nuit pour trouver ce nom. »

Le regard du l’homme aux cheveux d’opale vogua un instant autour de lui d’un air plus sérieux, comme s’il cherchait quelque chose, tournant de droite à gauche.

« Mmmh… Mais pas ici. Nous ne sommes pas tranquilles. Tout ce monde, tout ce bruit… Et puis c’est rempli de mauvaises ondes. Il n’y en a pas beaucoup qui sont venue simplement pour parler d’art, mais à la cour cela ne m’étonne guère. » Il se retourne alors brusquement vers Lorian, semblant être pris d’une nouvelle idée géniale. « Oh, je sais ! Avez-vous eu l’occasion de visiter les jardins du palais ? Ils sont magnifiques en cette saison ! Cela vous inspirera peut-être de nouvelle toile, et moi de nouveaux parfums : ils ont des plantes venues des quatre coins du royaumes et des fleurs aux senteurs les plus délicates. Venez ! Je vais vous montrer ! »

Sans plus attendre, le parfumeur prend la main de son interloctutrice dans la sienne, dans sa main trop grande aux doigts de pianistes finement gantée de lins, cachant ses ongles crochus. Puis il l’entraine doucement mais fermement vers l’une des sorties ouvertes de laquelle s’échappe un agréable air frais, un air de nuit charriant aux nez les plus fins quelques prémices de senteurs. Comme une fragrance de rose.

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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Mer 1 Aoû - 15:58


J’étais vraiment très touchée et intéressée par le projet du parfumeur. Travailler avec lui sur ce parfum… Même s’il ne s’agissait que de lui trouver un nom, c’était déjà tellement incroyable ! Jamais on ne m’avait fait une telle proposition par le passé. Jamais on n’avait requis mon aide pour quoique se soit, alors je ne pouvais être qu’aux anges. Je pouvais sentir mon coeur battre à tout rompre dans ma poitrine. Mais pas de douleur. De douceur et de chaleur. Je pouvais le sentir qu’il se remplissait de quelque chose de chaud, de tendre, de lumineux. Et c’était absolument fabuleux comme sensation. J’étais aussi merveilleusement excitée… Enfin pas autant que mon interlocuteur apparemment. Voilà qu’il s’emportait de nouveau, pris dans un nouvel accès d’enthousiasme débordant. Qu’il était fantasque ! Je me surpris à rire joyeusement en le regardant faire. Il y avait quelque chose de léger, d’insouciant dans ma manière d’être. Quelque chose qui faisait parfaitement échos à celle que j’étais tout au fond de moi. Celle qui restait cachée derrière les lourdes pierres de son atelier de peinture. Celle qui se goinfrait de gâteaux en cachette. Celle qui courait dans les prés, pieds nus en riant. Celle qui passait des heures à câliner les animaux. Celle qui, dès qu’elle en avait l’occasion, se rendait à l’orphelinat pour jouer avec les enfants.

Et c’est là que je compris. Le parfumeur avait une attitude enfantine. Semblable à la mienne. A part que lui, osait davantage la montrer. Alors tous les artistes étaient de grands enfants finalement ? Pourtant autant de simagrées pour paraître « adulte » en société dans ce cas ? Ce n’était pas comme ça que je voulais être. Je voulais laisser l'enfant que j’étais, s’exprimer librement. Mais je n’y arrivais pas. Je ne pourrais jamais dans un monde comme celui-ci. Même remplis d’artistes. Ils sont tous si… Différents. Il n’y avait que le parfumeur qui était capable de me comprendre. Aussi, avec lui, je souriais de bon coeur, avec sincérité. Je me permettais même de pousser un ou deux petits gloussements amusés. Je commençais à me détendre, chose qui n’arrivait que rarement en dehors de chez moi. Et encore plus rarement avec des inconnus. Mais Saron avait quelque chose que les autres n’avaient pas. Une sensibilité toute particulière car il savait parfaitement trouver les mots pour m’apaiser et pour me donner du courage.


- Ah… Heu… Je vous remercie pour tous vos compliments… Ils me vont droit au coeur… Je… Vraiment ?… Laisser ma sensibilité s’exprimer ?… Et bien…. D’accord…. Je vous fais confiance Sieur Sharazhar. Bégayais-je difficilement avec des joues rougis par toutes ces nouvelles louanges.

Je lui offris ensuite un nouveau sourire plein de sincérité et moins crispé. Je finissais par me sentir assez à l’aise avec lui. Cette soirée commençait enfin à être plaisante.

A peu près. Car, même si je commençais à me sentir plus à l’aise, l’attitude fantaisiste de mon interlocuteur attirait les regards des autres convives. Rien de tel pour me sentir gênée de nouveau et pour faire réapparaître une coloration rouge fort déplaisante sur mes joues.

Heureusement pour moi, Saron eut une fabuleuse idée pour nous échapper de toute cette foule. Les jardins du palais. C’était merveilleux ! Cela ne pouvait mieux tomber. C’était une occasion inespéré de découvrir un lieu si charmant dont la réputation avait même franchi les frontières de mon duché. J’aurais peut-être même l’occasion de voir des nouvelles fleurs… Oh ça serait incroyable si je pouvais peindre dans ce prodigieux jardin. Aussi, j’allais répondre positivement à sa demande, mais celui-ci ne m’en laissa guère le temps. Voilà qu’il se saisit de ma main et m’enlèva littéralement de la soirée.

Devant tant d’hardiesse, je me remis à rougir fortement. J’étais incapable de prononcer la moindre parole, comme si mes mots restèrent coincés dans ma gorge. Je n’étais absolument pas habituée à une attitude si familière. Encore moins de la part d’un homme. J’avais déjà eu par le passé des prétendants qui avaient osé me prendre la main pour y déposer un baiser ou pour m’inviter à danser… Ce que je refusais systématiquement. Mais jamais pour m’enlever ainsi. Je restais pantoise, ne sachant pas comment réagir. Devais-je mal le prendre ? Etait-ce une attitude correcte envers une personne de mon rang ? Absolument pas. Malgré tout, grâce à lui, je m’esquivais d’une obligation bien contraignante. Et j’allais aussi faire l’exploration d’un des plus beaux jardins du monde. Une chose bien plus intéressante et belle que de discuter avec des inconnus venus pour s’attirer mes bonnes grâces… Aussi, j’en conclus qu’il valait mieux ne rien dire, ne pas réprimander et laisser faire le parfumeur. Il avait l’air de savoir ce qu’il faisait. Et puis, il ne pensait pas à mal. C’était même plutôt le contraire. N’était-il pas en train de me sauver, tel un preux chevalier ?… A cette pensée, mes joues s’empourprèrent davantage et je baissais la tête, complètement paralysée par cette soudaine intimité. Une notion toute nouvelle pour moi.



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MessageSujet: Re: La nuit des artistes   Mar 4 Sep - 23:19



La foule s’ouvrait et s’écartait au passage des deux arpenteurs, comme dans un mouvement de ballet hypnotique ; inconscients, indolents, les hommes et les femmes de robes et de voiles, des plus riches étoffes ignoraient à l’envie le drôle de couple ainsi formé ; et tous s’écartaient, ouvrant ainsi le chemin vers l’extérieur désiré avec tant d’ardeur. Les rires et les murmures, les éclats et les soupires résonnaient tout autour d’eux, se réverbérant sur les miroirs et les lustres cristallins, l’on dansait, l’on bavassait, mais surtout, l’on ne faisait pas de vague, non. Surtout pas ! Alors l’on s’éloignait des originaux, pourtant bien à l’honneur ce soir-là. Car si l’on accordait cette fois un tant soit peu d’importance à leur œuvre, l’on ne manquait pourtant pas, derrière le couvert d’un éventail ou d’un sourire pincé de jugé aigrement ceux qui sortaient du lot. Mais tout cela n’importait guère, car ce soir était leur soirée. Une nuit pour les penseurs, les sensibles et les créatifs. Une nuit pour les peintres, les sculpteurs et les faiseurs d’étoffes. Une nuit des artistes.

Alors, qu’ils soient maîtres du monde : car cette nuit était la leur. Et que les ombres, gardiennes protectrices et souriantes, soient leurs terribles muses.

Enfin la porte fut franchie et les rires s’estompèrent, prisonniers des murs de marbres. A l’extérieur, l’obscurité régnait en seule maîtresse. Au-dessus de leurs têtes, la lune d’argent avait revêtu sa robe la plus splendide : scintillante d’opale, faisant grâce aux étoiles qui formaient sa cour éternelle. Elle éclairait de ses rayons timorés le palais d’Iving, et ses couleurs nouvelles, inhabituels, donnaient à l’atmosphère ce quelque chose d’onirique généralement propre aux rêves. Et quel spectacle que voilà ! En cet douce nuit d’été où la température était si agréable, les jardins ducaux avaient fleuri de mille feux. Des rosiers, des tulipes, des arbres en fleurs parsemaient l’endroit de couleurs chatoyantes aux reflets iridescents sous le halo lunaire. Une douce brise caressait les plantes, les faisant bruire et onduler dans la pénombre, projetant autant d’ombres frémissantes sur les murs et les sols, comme autant de nains et de fées dansant dans l’autre monde, discrètes créatures assistants avec curiosité au spectacle qui se présentait à elle. Et avec le vent entonnant sa délicate mélopée dans les branches et les feuilles, chariait les odeurs délicieuses et subtiles des fleurs qui s’offraient à la nuit et aux rares passants.

Quelques âmes esseulées avaient eu la même idée que le parfumeur et sa mie, mais chacun respectait scrupuleusement l’intimité de chacun ici. Quelques tourtereaux s’éloignaient du faste de la soirée pour retrouver un peu plus de chaleur dans les bras de l’âme sœur, n’ayant que la lune et ses étoiles comme témoins, mais ils étaient rares. Saron continua de guider la demoiselle dans ce royaume d’ombre et de senteur, terre propice aux contes et aux légendes, comme une contrée des rêves se confondant la nuit venue avec le monde réel. Ils semblaient avoir quitter la réalité pour se plonger au royaume des songes, là où les enfants sont rois et où tout devient possible. Gaiement, sautillant presque d’un pas dansant, le parfumeur servait de guide dans ce royaume étrange à la jeune baronne, évitant à son pas de se blesser sur une racine, rattrapant sa chute, riant avec elle de banalité et s’émerveillant, le regard luisant comme une perle, de la beauté et de l’atmosphère si merveilleuse de l’endroit. Cherchant le lieu le plus approprié, le parfumeur mena la demoiselle jusqu’à une rambarde cachés derrière les bosquets de roses fleuri à l’odeur si ravissante. De là, en hauteur, ils pouvaient voir en contre-bas toute la beauté d’Iving encore illuminé par endroit des torches des rues et des lueurs des habitations. L’horizon se perdait jusque dans les champs qui lorgnaient la capitale. Saron s’installa sur la rambarde, une jambe se basculant négligement dans le vide comme une pendule. Il invita la baronne à prendre place et son regard se perdit auprès de l’astre lunaire.

« Ah vraiment, nous sommes mieux ici. La nuit est vraiment merveilleuse. Merveilleuse ! » S’exclama l’étrange marchand, un large sourire aux lèvres. Puis, il reporta son regard sur la jeune femme qui l’accompagnait, l’observant d’un air curieux et intéressé. « A quoi ressemble Algulvil ? Y avez-vous aussi des jardins, ou d'autres paysages particuliers ? »

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