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 Le Diable s'habille en Prada ~

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MessageSujet: Le Diable s'habille en Prada ~    Sam 31 Mar - 20:39

Thème ♪

Balbater.

Un joli petit bout de cité, mouillant en bord de mer, là où son port importait et expédiait les denrées et les richesses de tout un continent. Une cité bigarrée sortant de l'ordinaire tant par l'animation de ses rues et ruelles que par leurs enchevêtrements élégants foisonnants ici et là, laissant les pavés derrières eux piétinées par la marmaille allant et venant. Point de repos, point de répit à Balbater ! Seulement l'activité incessante et la vie qui suivait son cours, un cours pour le moins mouvementé. On y voyant de tous les visages, de toutes les origines, de toutes les ethnies. Les cultures se brassaient comme l'étaient les boissons, et le murmure perpétuel de la cité répondait en écho à l'écume chaude de la mer du sud. Et enfin ses effluves, ses odeurs, ses milliers de parfums qui se mêlaient et se mélangeait au grès des vents ! Poisson frais, air salin, sueur et fleurs, céréales et liqueurs amers, c'était un constant ballet de fragrances qui éveillaient dans son esprit bien des souvenirs.

Un lieu propre au tourisme.

Toutefois, il n'était pas là pour cela. Il avait déjà bien assez usé de sa jeunesse pour voir le monde et le dévorer des yeux. Aujourd'hui n'était plus le temps de la découverte passive, mais de l'action. Alors, avançant d'un pas guilleret, sautillant ou dansant presque au milieu des rues dans ses vêtements luxueux, le parfumeur faisait battre de sa canne sur le sol avec la régularité d'un métronome ou d'une trotteuse folle. Tic-tac. L'entends-tu, s'amusant, s'enjouant, s'approcher ? Tic-tac. Ses pas sont les pendules qui continuent de tourner. Tic-tac. Inutile de fuir ! Le destin est tout écrit. Tic-tac. Les secondes se bousculent, hâtes toi mon ami. Tic-tac. Il avance gaiement, légèrement, sans que rien ne l'arrête. Tic-tac. Et si tu ne prends garde, le bonhomme Tick-Tock pourraient bien voler ta tête.
Un sourire monte sur ses lèvres fines. Il vient juste de tourner, et le voilà parvenu dans l'abîme d'une ruelle plus sombre, délaissé, à la poussière et aux ombres qui chuchotent et murmurent. Il est ici chez lui, ce bonhomme si bizarre. Il avance plus calmement, laissant les souvenirs remonter à la surface, souriant aux ombres. Et voilà qu'un peu plus loin, il reconnait l'enseigne ! Le voilà, Ô temple des délices obscènes ! Paradis de la chair et de la volupté, tamisé ici-bas où songent les secrets. Mille soupirs furent pousser dans tes draps si soyeux que des oreilles attentives purent saisir au vol. Et mille baisers brûlants, mille caresses frivoles eurent raison des lèvres les plus hermétiques sceller par un vœu. C'était bien là ce qu'il cherchait, ce drôle de parfumeur. Ce n'était, bien sûr, pas la chair qui l'attirait ici - ce genre d'instinct lui était parfaitement inconnu. En revanche, si une chose avait toujours créé cette attirance irrésistible chez l'étrange bonhomme aux cheveux d'opale, c'était bien les contrats.

Après tout, il y avait peut être une raison si certains voyaient le diable en lui.


Un sourire, un gloussement, puis une porte ouverte. On l'accueille comme il se doit, car ici on le connait. Des sourires répondent aux siens et des révérences sont échangées. Peu de clients aujourd'hui, mais les filles et les garçons sont toutes et tous dans leurs plus beaux effets. De quoi affrioler les sens et affoler la pudeur. L'établissement se veut classieux, au plaisir du marchand de désir et de luxe qu'il est. C'est directement la maîtresse des lieux qui le prend en charge, à l'abris des oreilles indiscrètes. Elles chassent impertinents et impertinentes qui voudraient suivre d'un revers autoritaire de sa main drapée de soi. Puis dans un cabinet plus intimes, les deux êtres échanges un instant. Ici, les ombres furent les seuls témoins de leur discussion, mais rapidement la tenancière arrive à une conclusion. Elle guide donc l'étranger à la canne et à l'accoutrement, bien qu'étrange, fort présentable, vers le salon principale. Puis, une fois à l'intérieur, elle appelle un nom, un seul.

- Ange ? Viens par ici. Tu as un client.

En voyant le garçon répondant à ce nom, le sourire de l'inconnu s'élargit encore alors qu'une étrange lueur ne brille dans son regard. Il se frotte un instant les mains tandis que la maîtresse, visiblement satisfaite, lui lance un regard sûr d'elle, un sourire aux coins des lèvres.

- Comment le trouvez-vous, monsieur ?

Le parfumeur ne répondit alors qu'un seul mot, ne cachant pas son enthousiasme luisant dans son regard trop clair alors qu'il semblait scruter et lorgner directement sur l'âme de ce jeune homme au fond de ses yeux bleus.

- Parfait. Lui adressant une révérence fort bien maîtrisé, l'homme s'inclina devant cet ange blond. Mon nom est Saron, parfumeur. Charmé. L'homme prit délicatement la main de son interlocuteur pour lui adresser le baise-main caractéristique que l'on réservait d'ordinaire à la noblesse.

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Dernière édition par Saron Sharazhar le Lun 16 Avr - 18:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Dim 1 Avr - 17:14


Balbater. Dix-neuf heures. L’établissement venait d’ouvrir ses portes. Et moi, j’étais l’un des premiers à être sur le pont. J’étais assidu, motivé et travailleur. Je ne m’en cachais pas. Il faut dire que contrairement à la majorité de mes collègues, je n’étais pas là par obligation. Je n’avais pas de dettes. Ce n’était pas non plus ma dernière chance de faire quelque chose de ma vie. Cette existence, je l’avais pleinement choisie pour ce qu’elle pouvait m’apporter. Aussi, cela se ressentait dans mon attitude. Je mettais un point d’honneur à être toujours en bas, dans le salon, quelques minutes avant l’ouverture. Toujours prêt à accueillir les clients, dans tous les sens du terme. En parlant d’ailleurs de ces derniers, la majorité du moment, était des marchants et des marins venus des quatre coins de la carte. En ce début de saison printanière, avec des mers plus calmes, le commerce devenait plus facile. Bien sûr avec le port de Balbater, on avait toujours des marins comme clients tout au long de l’année mais ce n’était pas toujours une majorité. Le Lupanar jouissait d’une assez bonne réputation et il n’était pas rare d’y voir des bourgeois. Pour ma part, je préférais largement ceux-là aux navigateurs. Pour la fidélité du client.

Alors que les premiers clients passaient le pas de la porte, je restais négligemment posé sur l’ un des canapé en velours rouge. Mon regard balayait les visages des nouveaux venus afin de capter l’attention de mon ou mes futurs clients. Un discret sourire charmeur et malicieux étirait mes lèvres. Soudain, je vis une visage familier. Enfin, visage…. Un masque à l’expression neutre, peint en or et bordeaux. Mon sourire s’étira davantage et apercevant cette silhouette que je connaissais par coeur maintenant. Je devinais aisément sous ses vêtements masculins, ses courbes rondes, sa peau flétrit et ses longs cheveux poivre et sel qu’elle camouflait à l’aide d’une teinture nauséabonde. Je me levais aussitôt et allait prendre sa main avec douceur, tout en m’inclinant pour l’embrasser.


- Bonsoir.

Puis, je soufflais à son oreille.

- Comme je suis heureux de vous voir. Vous m’avez manqué, Milady.

Puis, je passais mon bras autour de sa taille alors qu’elle poussa un petit gloussement, qu'elle tenta de réprimer. Milady. Une cliente qui m’affectionnait particulièrement. J’ignorais son nom et même son visage. Mais je m’en fichais complètement. Elle payait. C’était tout ce que je lui demandais. Elle venait régulièrement, le visage masqué et vêtue de manière à ce qu’on ne la reconnaisse pas. A force de la fréquenter, j’appris malgré moi, bien des choses sur elle. Elle était mariée, mais il s’agissait d’un mariage de convenance. Elle menait un certain train de vie, qui semblait la satisfaire, contrairement à son époux. D’après ce que je compris, chacun faisait ses petites affaires dans son coin. De toute façon, elle n’était pas là pour discuter. Aussi, je ne la fis pas patienter davantage et la conduits à l’étage, dans la chambre « septième ciel ».

Une fois qu’elle obtint pleinement satisfaction et qu’elle me laissa un généreux pourboire, elle fila comme le vent. Je fis un brin de toilette avant de redescendre frais et disponible pour un autre client. Au moment où je pénétrais de nouveau dans le salon, la macasse m’interpella. Aussitôt, je m’approchais d’un pas félin et aguicheur, faisait se retourner certaines tête sur mon passage. Je les rejoignis avec un sourire séducteur et attitude ouverte et accueillante face à l’homme qui se tenait aux côtés de Mélisande. Quelqu’un que je n’avais jamais vu mais si la patronne m’a choisi, je devais montrer qu’elle avait eu raison de le faire. Et puis, c’était peut-être quelqu’un d’important, d’influent ou de très riche. Un rapide coup d’oeil à ses vêtements m’indiqua qu’il était aisé et pas navigateur. Voilà qui était prometteur. Si je m’occupais bien de lui, il reviendrait me voir, pour sûr.

Lorsqu’il se présenta, dans mon esprit, ce fut l’effervescence. Un parfumeur. Soit, un homme qui a une clientèle au moins aussi aisée que lui semblait l’être. Et aussi ce baisemain exécuté avec perfection et naturel. Signe qu’il fréquentait de plus hautes sphères. Je devais véritablement tout faire pour lui donner entière satisfaction et qu’il fasse ma promotion. Il était devenu à mes yeux, une mission, un challenge des plus intéressants et des plus motivants. D’autant qu’il avait l’air assez particulier. Je me demandais ce que cela cachait. Déjà, il avait un physique atypique que j’associais rapidement à une sorte de folie, surtout pour la coiffure. Et puis, derrières de trop belles manières pouvaient se cacher des mœurs bien perverses. Néanmoins, je me montrais rien de mes doutes. Et bien au contraire, je jouais à la perfection.


- C’est moi qui suis charmé Monsieur Saron.

Je ponctuais ma phrase d’une révérence, certainement moins bien exécutée que la sienne. Cependant, elle était assez gracieuse et sensuelle. Ma gestuelle avait quelque chose de charnelle et mon attitude était féline. Que ça soit mes sourires malicieux, mes regards un tantinet provocants ou ma manière de lui saisir le bras, très douce et voluptueuse, tout était fait pour flatté ses sens, au point qu’il soit complètement hypnotisé par moi. Je me penchais à son oreille pour lui murmurer d’une voix suave :

- Quel univers désirez-vous explorer avec moi ?

A comprendre par là, quelle chambre. Il y en avait de toute sorte. Des romantiques, des plus sexuels, des plus sombres avec un attirail plus spécifiques, voir même des classiques. Ou bien alors, il y a aussi la possibilité de se rendre au sous-sols où se situaient les termes.

Cette fois-ci, vu comment la situation avait été présenté, il m’était évident que le client voulait monter tout de suite. Aussi, je n’eus pas le loisir de discuter et de le séduire mais ce n’était que partie remise. Je comptais bien user de tous mes autres atouts pour que je devienne sa drogue.




Dernière édition par Ange Deslorme le Mer 4 Avr - 11:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Lun 2 Avr - 14:25

Une démarche élégante. Une apparence impeccable. Des déplacements félins. Un regard emplit d'étincelles et un sourire enjôleur. Saron sourit en voyant le jeune homme se présenter à ses yeux. Oui, en effet, peut-être que celui-là pourrait répondre à ses attentes... Particulière. Son sourire s'élargit un instant en le voyant lui rendre sa révérence. Légèrement maladroitement, mais le potentiel était là. Avec un peu d'entrainement, il se glisserait parfaitement dans son nouveau rôle. Le parfumeur s'en frottait les mains - presque métaphoriquement - visiblement ravi du spectacle qui s'offrait à lui.

Il se laissa faire lorsque l'ingénu vint se saisir de son bras, le lui tendant avec grâce, un sourire taquin sur ses lèvres fines, le regard luisant d'un étrange amusement. Posant son regard trop clair dans celui de son partenaire, son sourire s'élargit encore un peu lorsqu'il prononça sa question. Un léger rire s'échappa d'entre ses lèvres, propulsé par les spasmes discrets de son diaphragme. Il semblait presque sincèrement amusé, comme si le jeune homme avait dit une sottise. Pourtant, c'était bien tout l'inverse, et c'était ce qui le faisait rire. Reportant son attention sur le jeune homme, son expression narquoise laissa place à un voile plus doux, presque charmeur mais toujours teinté de cette prestance et cette maîtrise qui lui étaient caractéristiques. Aventurant un de ses doigts gantés de soie dans la chevelure blonde du garçon, il lui remit une mèche en place en répondant avec négligence. Il était clair aux effluves qui émanaient de lui que l'homme n'avait pas menti sur son métier : son parfum avait quelque chose de particulier, mêlant l'ivresse du désir à la douceur des roses.

- Quel univers, très cher ? Son regard perçant, animé d'une étrange lueur, se planta dans le siens alors qu'il continuait : Tous. Son sourire s'élargit légèrement. Absolument tous. Puis, son regard se fit plus chaleureux, presque tendre et langoureux, tandis qu'il approchait ses lèvres de l'oreille du jeune homme, laissant son souffle méphistophélique venir caresser le délicieux lobe. En particulier les plus sombres, les plus secrets, les plus tabous.

S'éloignant légèrement de lui, tenant toujours son bras, il lui adressa un clin d'oeil narquois, un sourire empli de malice sur ses lèvres fines. Il reporta son attention sur la macasse, un sourire satisfait sur les lèvres.

- Entendu ! Je vous emprunte cette charmante créature tout droit tombé du ciel. A ces mots, il lui tendit une bourse tintant d'écu.

La patronne acquiesça et l'embaucha à son tour, contente de sa transaction. Elle releva les yeux vers le parfumeur, le remerciant de son placement. Puis, elle porta un regard plus dur quoi que professionnel sur Ange.

- Bien, Ange, tu peux accompagner monsieur Sharazhar jusque dans ta chambre. Elle ajouta avec un sourire énigmatique : Je suis certaine que vous allez vous entendre.

Le sourire de Saron s'élargit légèrement, tandis qu'il adressa un signe de tête révérencieux à la tenancière du Lupunar.

- Je n'ai aucun doute la-dessus, madame. Il reporta son attention sur le garçon, reprenant son masque de client charmeur et charmant, sur-jouant légèrement non sans un certain amusement. Alors, me guiderez vous jusqu'à ce que je désir le plus, mon ange ? A voix plus basse, il rajouta encore : Je vous promets que vous ne serez pas déçu...

Encore ce regard. Encore ce sourire. Encore ce clin d'oeil.

- Foi de parfumeur ~ ♥️

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Dernière édition par Saron Sharazhar le Lun 16 Avr - 18:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Jeu 12 Avr - 23:01


Accroché à son bras, je le regarde, l’observe pour essayer de le comprendre afin de lui donner entière satisfaction. Il me paraît bien farfelu avec sa gestuelle et sa façon de parler très théâtrales ainsi que sa coiffure, disons-le, pas coiffé. Pendant un bref moment, je me demandais vraiment s’il n’avait pas menti sur sa profession. Mais je me ravisais vite. Cette odeur agréable qui se dégageait de lui, douceâtre de rose, complexe, teintée de musc et de chaudes épices… Du parfum ! Ah m’en pas douter.

En entendant sa réponse, dans ma tête, "prétentieux" fut le mot qui apparu. Tous les univers ? Bah voyons ! Comme s’il allait pouvoir explorer toutes les pièces de la maison, en une seule nuit. A moins qu’il me faisait comprendre par là qu’il comptait revenir. C’était assez curieux, surréaliste même. Tout cela collait bien au personnage finalement.

Je répondis à son clin d’oeil par un sourire complice et malicieux.


- Je me ferais une immense joie de vous guider à travers tous ces univers, pour votre plus grand plaisir. Soufflais-je une nouvelle fois avec sensualité à son oreille.

Les plus sombres, les plus tabous… Parlait-il du sous-sol ? Cela me paraissait trop banal pour quelqu’un comme lui. Sans doute avait-il des fantasmes différents et plus difficiles à combler dans la vie de tous les jours ? En tout cas, j’avais ma petite idée sur la question. Je savais exactement où j’allais le conduire cette nuit. Au septième ciel bien sûr ! Via une de nos chambres les plus appréciées et les plus spéciales.

Une fois que l’affaire fut convenue avec la macasse, je me raccrochais à son bras dont il s’était éloigné. Je marchais d’un pas tranquille non pas vers « ma » chambre mais vers une toute autre pièce. « Ma » chambre était la « Septième ciel ». En fait, on disait cela car cela était raccord avec mon prénom. Et les clients, particulièrement les clientes, appréciaient d’avoir un ange pour commettre les péchés de luxure et de gourmandise au paradis.

Néanmoins, je ne conduis pas notre invité de cette nuit dans cette chambre. Je doutais qu’elle lui convienne véritablement. Elle n’était pas assez fantaisiste. Aussi, j’optais pour une autre, plus à la hauteur de sa personnalité colorée. J’ouvris la porte et le fis entrer en premier, en faisant toujours une petite révérence.


- Après vous, cher Monsieur Saron.

Je pénétrais à sa suite, allumant d’un geste rapide et précis, les torches et les bougies. La pièce s’éclaira au fur et à mesure, d'une douce lumière tamisée, rendant l’ambiance plus sensuelle et plus chaude. Un immense lit à baldaquin aux voilages rouges, trônait fièrement au centre, recouvert de draps en soie de coton également rouges, sublimant la chambre par un aspect flamboyant. Et nous arrivons enfin à la particularité de cette pièce. Tout autour du lit étaient placés des miroirs pivotants. Ils étaient tous tournés vers l’élément principal, de fait à ce qu’une fois dedans, on se reflétait dans toutes les directions. De plus, un autre miroir était placé dans le ciel de lit. Toujours dans le but d’émoustiller les sens. Tout à fait le genre d’installation qu’on ne peut avoir chez soi sans passer pour un être lubrique avec le diable chevillé au corps.

Je m’approchais une petite étagère sur laquelle était posé le sablier indispensable à chaque chambre de passe. Je le retournais et d’un élégant geste de la main, je montrais un paravent, dans un coin, à mon client.


- Je vous en prie, Monsieur Saron, vous avez le cabinet de toilette juste ici.

Passage obligatoire pour chaque « invité », sans quoi, il n’y aurait pas de sexe. J’allais pour ma part, m’asseoir sur le lit, patientant sagement qu’il fasse sa toilette.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Mar 24 Avr - 19:34


L'étrange parfumeur se laissa guider sans moufeter vers les hauteurs du lupanar pernicieux, montant calmement, marche après marche, suivant en silence et sourire aux lèvres son ange de ce soir. Avant de la quitter, il salua une dernière fois la tenancière du lieu d'un simple signe de tête, avant de laisser son regard trop clair voguer d'un coin à l'autre de l'établissement. Il était plus satisfait de l'endroit, cela respirait le professionnalisme et le bon gout. De quoi ferrer habillement les clients les plus difficile. La maquasse avait bien rodé son affaire, force était de lui reconnaître. Ainsi donc l'étrange personnage se perdit dans les étages avec son guide aux cheveux blonds, suivant l'être délicat au milieu de ce petit royaume de vices et de secrets.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Saron esquissa un sourire narquois au jeu du jeune homme qui lui laissait le privilège de passer le premier, agrémentant cela d'une révérence délicate. Il pénétra donc dans la pièce et fut tout d'abord satisfait des couleurs chaudes et enivrantes de l'endroit qu'il perçu en hochant la tête et se tenant les mains dans le dos. Du rouge, du pourpre et du mauve, du rose et de la chair, de quoi inviter à se perdre dans les délices du sens. De belles voilures de satins rosées, des coussins duveteux plus moelleux que de beaux seins, des draps plus doux qu'une peau satinée, le Lupanar méritait sa réputation. Mais ce n'est pas cela qui l'attira le plus, mais bien l'ingénieux jeu de miroir entourant le lit à baldaquin. A sa vue, Saron s'avança promptement d'un air enjoué, faisant le tour du système et faisant pivoter les différents miroirs les uns vis-à-vis des autres. Il semblait charmé du dispositif et y prêter une grande attention. Un large sourire s'était affiché sur ses lèvres tandis qu'il inspectait l'endroit d'un air ravis, semblant presque oublié la présence de son invité.

- Merveilleux, merveilleux ! s'exclama le parfumeur. Qui donc imagine tous ses ingénieux stratagèmes ? L'imagination dont fait preuve votre établissement est tout à son honneur et explique bien en parti sa réputation !

L'individu fut arrêté dans sa lancé par l'invitation saugrenue qu'il reçu à se laver. Il en oubliait presque pourquoi il était venu ... L'hygiène faisait après tout parti de ces règles élémentaires qu'un établissement digne de ce nom se devait d'instaurer auprès de sa clientèle. Parfait ! Encore un gage de professionnalisme, c'était tout à fait ce qu'il recherchait. Au plus il en apprenait sur les lieux, au plus il sentait qu'il avait flairer la bonne affaire. Comme toujours, pensa-t-il, un sourire amusé aux lèvres.
Sans même se donner la peine de se retourner, le "client" s'adressa à Ange sur un ton bien plus calme et posée mais qui semblait ne souffrir d'aucune hésitation. Le genre de voix douce mais naturellement autoritaire que l'on entendrait d'avantage dans la bouche des gens habitués à ce que leurs ordres soient exécutés sans discuté.

- Allons, mon ange. Je me suis déjà arrangé avec Madame : nous n'aurons nul besoin de ce sablier aujourd'hui. Veuillez le laisser comme il est, fermez soigneusement la porte, et venez me rejoindre.

Tout en parlant, sans même lui adresser un regard, l'étrange parfumeur plaça au centre de la pièce une petite table ronde ramener dans un coin, ainsi que deux siège qu'il disposa autour, l'un en face de l'autre. Suite à quoi, il déposa son manteau soigneusement sur le dossier de sa chaise, sa cane accroché à son bras, il s'installa sur la chaise face à Ange. Il croisa une jambe par dessus l'autre et, posant ses coudes sur les accoudoirs, il joignit ses doigts gantés sous son nez, semblant réfléchir un instant. Puis, d'un mouvement élégant, il ouvrit un pans de sa veste pour sortir une petite bourse d'or sonnante et trébuchante qu'il posa sur la table ronde. Une fois cela fait, il releva son regard perçant et soudain bien plus bizarrement sérieux qu'il planta droit dans celui de son interlocuteur. Toute trace d'amusement s'était envolé de son visage, il semblait jaugé Ange avec la méthodicité d'une machine.
Après un court instant, un sourire s'étira au coin de ses lèvres et une lueur particulière anima son regard trop clair. Avec grace, il présenta la chaise en face de lui à celui qui était véritablement l'invité ici. Il s'adressa à lui d'une voix douce et charmante.

- Je t'en pris, Ange. Prend place. Nous allons pouvoir commencer. Tu as ici la première partie de ton "pourboire". Tout ce que je te demande, c'est d'être honnête avec moi. Alors tu auras l'autre partie. Son regard s'intensifia un instant alors qu'il ajouter dans un souffle : Et, peut-être, bien plus encore.

Un fin sourire narquois fut visible un instant, dissimulé entre les doigts du parfumeur gantés de soie blanche.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Mer 2 Mai - 21:52


Je ne pus m’empêcher de sourire discrètement à la remarque quelque peu naïve de mon hôte. Décidément, avec son caractère fantasque, je sentais que je n’allais pas m’ennuyer. Etait-ce une bonne chose ? Oui et non. Saron me changeait de ma clientèle habituelle et ça, je ne pouvais que l’en remercier. Il m’obligeait à sortir de ma zone de confort, ce qui était un très bon exercice. J’allais pouvoir constater par moi-même quels étaient encore les efforts que j’allais devoir fournir pour être L’amant. LE parfait. Celui qu’on s’arracherait dans tout Irbel, puis dans le monde entier. Rien que ça, oui ! Je visais l’excellence, pas moins. Et par pure vanité et égocentrisme. Avoir les puissants de ce monde à mes genoux. Les voir se traîner comme des vers et me baiser les pieds, tout en couvrant de compliments et des plus précieux cadeaux. Voilà quelle était mon plan de carrière.. .Que dis-je, ma raison de vivre.

D’un autre côté, je ne doutais pas un seul instant que l’attitude si fantaisiste de mon cher client, n’en arrive parfois, à me faire tourner en bourrique. Une personne tel que lui était certainement très imprévisible. Je sentais que j’allais devoir me montrer bien plus attentif qu’à l’accoutumée. Il était comme une sorte de défi, que j’étais ravi de relever. Cette simple pensée m’arracha un large sourire, intérieurement.


- Je vous remercie pour le compliment. Il est vrai que la Maison se donne du mal pour satisfaire tous les sens de ces généreux mécènes et leur offrir le plus de plaisir...

Alors que j’avais indiqué le cabinet de toilette à mon généreux mécène de la soirée, je m’occupais du sablier. Et à ma grande surprise, je fus interrompu par Saron. Autant ses mots que le ton qu’il employa me déstabilisa légèrement en mon for intérieur. Il avait changé si vite. La seconde d’avant, il avait l’air d’un excentrique sorti tout droit d’une pièce de théâtre et voilà que maintenant, il faisait preuve d’une autorité qu'on ne lui soupçonnait pas au premier abord. J’avais bien raison de rester sur le qui-vive avec lui. Il cachait bien son jeu.

Et il m’intriguais aussi. De ce fait, je m’exécutais de manière complètement naturelle, ne laissant pas transparaître la moindre de mes pensées. Je fermais la porte à clé et pris place, à table, juste en face de lui. Bien sûr, la bourse remplie d’écus ne m’échappa pas. J’y jetais un bref coup d’oeil, comme si je m’en désintéressais, alors que ce n’était pas du tout le cas. Cependant, en cet instant, je préférais porter toute mon attention sur le parfumeur. Sur ce curieux personnage qui me montrait un tout nouveau visage. Qui était-ce ? Qu’est-ce qu’il me voulait ? De toute évidence, il n’attendait pas d’extase physique de ma part. La logique aurait voulu qu’il désire m’acheter quelque chose, avec cette bourse qui trônait légèrement avachie sur la table. Et la seule chose que je pouvais offrir, vu la place que j’occupais, était des informations.

Face à lui, je restais neutre, comme j’avais appris à la faire depuis mon plus jeune âge. Je choisi ce masque pour ne pas le braquer mais aussi, pour ne pas l’encourager s’il s’agissait de délires farfelues. Puis, il dit une chose qui m’arracha un petit sourire en coin, amusé. Je le laissais passer car je ne voulais pas le lui cacher.


- Vous êtes venu chercher de l’honnêteté dans le temple du mensonge ?!… Comme c’est intéressant.

Comme c’était ironique oui ! J’ignorais quelles étaient ses motivations, ni même ses intérêts. Mais une chose était sûre. Il savait ce qu’il faisait. J’en étais intimement persuadé. Avec les années, j’ai acquis une sorte de « septième » sens, qui me permettait de cerner assez vite mon interlocuteur. Afin de mieux le contenter. Et ce type-là, avec ses cheveux affreusement mal coiffés, sa gestuelle théâtrale et son rictus de marionnette diabolique, avait du plombs dans la tête, à n’en pas douter. Et peut-être même plus que la plupart des gens. Il pourrait se révéler très intéressant et un potentiel tremplin. Il piqua suffisamment ma curiosité et mon avarice pour lui accorder toute mon attention.

Je posais mes coudes sur la table et mon menton sur mes doigts entrelacés. Je m’étais approché de lui, lui montrant ainsi mon intérêt.


- Je vous promets d’être honnête avec vous, Monsieur Saron. J’espère seulement que vous ne serez pas déçu ni dégoûté et encore moins effrayé par mon vrai visage.

J’esquissais un petit sourire en coin, assez amusé, bien que je doutais de réellement le choquer. Mais après tout, pourquoi pas ? Il n’était peut-être qu’un adorateur de « l’ange » que j’étais.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Ven 4 Mai - 17:07


Laissant le jeune homme approcher tranquillement de la table ronde, comme s'avançant vers un cercle pour quelques rituels occultes dans le silence et le secret d'une salle fermée à clé, Saron demeurait souriant, les doigts entrelacées sur sa poitrine, ses jambes croisées sous la table. Il ne lâchait pas son invité du regard et l'observait avec un détachement courtois doublé d'un sourire serein. La chaise crissa sur le sol, puis l'ange blond s'installa devant le parfumeur, tout deux prêts à la conversation. Une fois de plus, le sceau du secret avait été apposé sur la scène et les ombres dansantes observaient l'avancement de la mécanique inexorable.
Et c'est avec un large sourire, visiblement amusé, que Saron accueilli la première remarque du jeune homme. Pendant un instant, il ne put retenir une douceâtre hilarité, secouant ses épaules de quelques spasmes cliquetant. Cachant sa bouche en lune sous sa main gantée, il plissa les yeux, comme si le garçon venait de dire une ânerie aussi touchante que stupide. Rapidement, le parfumeur se reprit, répondant sur le même ton légèrement amusé quoi que sans condescendance.

- Oh mais, mon jeune ami, je crains que vous ne vous trompiez : nous ne sommes pas dans le temple du mensonge. Nous somme dans celui des secrets. Une lueur malicieuse éclaira le regard du parfumeur alors qu'il portait ses yeux trop clair vers ceux de son interlocuteur. Y chercher l’honnêteté vous semble-t-il si absurde que cela ?

L'expression hilare de l'étrange personnage laissa place à un sourire narquois bien plus maîtrisé. Un visage parfaitement serein, celui d'un homme sachant pertinemment ce qu'il faisait, ce qu'il voulait, et comment l'obtenir. Tout dans son attitude, dans son regard clair et perçant, dans son sourire fin mais présent, dans sa posture élégante et raffinée, témoignait de sa parfaite maîtrise de la situation ainsi que de son professionnalisme pour le moins intriguant chez qui se dirait parfumeur. Puis ce fut une lueur plus sourde et profonde qui brilla dans son regard de glace. Quelque chose de souterrain, presque de viscérale, de magnétique, de chaud.

- Et ne crains pas de me dégoûter ou de m'effrayer, mon garçon. Je suis ... passionné par la vérité. Et je suis certain que la tienne ne saurait me déplaire.

Le moins qu'il puisse en dire, c'était Saron appréciait le peu qu'il pouvait déjà découvrir chez ce jeune garçon. Son regard, ses manières charmeuse, tantôt innocente, tantôt féline, sa maîtrise malgré sa jeunesse, sa finesse d'esprit. Une fois de plus, Dame Lupanera ne l'avait pas déçu : la petite créature pouvait être un atout de taille. Toutefois, bien que la jeune tête blonde était bien parti dans cet "entretiens d'embauche", il lui fallait en apprendre plus avant de faire un choix. Alors, une fois qu'il fut certain que son attention était toute sienne, Saron décroisa les doigts, prêt à commencer. Il coupa le contact visuel un moment, ouvrant les pans de sa veste mauve pour extirper d'une poche extérieur une riche montre à gousset faite d'un métal noble aux reflets platinés. De l'argent peut-être, voir même de l'or blanc ? Difficile à dire. Il releva l'heure indiquée, écoutant un instant la mécanique des aiguilles et leurs tic-tac régulier puis il posa la montre sur le bureau, laissant ses aiguilles chanter dans la pièce leur délicate et discrète mélodie monotone. Il reporta ensuite son attention sur le jeune homme, retrouvant son sourire courtois.

- Bien, nous pouvons commencer. Voilà la façon dont nous allons procéder : je vais te poser quelques questions, et tu devras y répondre de la façon la plus honnête, complète, et direct possible. Mais avant toutes choses, je pense qu'il convient de commencer par les présentations ! Son sourire s'élargit alors qu'il frappa dans ses mains avec enthousiasme. Je te laisse commencer, Ange : parles moi de toi, de toutes les facettes qui te composent, de ce que tu vois quand tu te regarde dans un miroir, et de ce que tu vois quand tu regardes plus loin, au creux de ton âme. Ne sois pas timide : laisse ta langue se délier ! Je veux seulement savoir qui tu es.

Serein et tranquille, le regard toujours posée dans celui de son interlocuteur sans ciller, l'étrange bonhomme posa ses coudes sur la table, croisa les doigts sous son menton et laissa sa tête reposer sur le promontoire ainsi formé. Et pendant le silence, les aiguilles chantaient.

Les aiguilles chantaient. ♪

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Jeu 10 Mai - 17:56


Je ne savais pas vraiment sur quel pied danser avec ce bonhomme à la chevelure trop hirsute. Vraiment, s’était-il regardé avant de sortir de chez lui ?… Bref. Le sujet n’était pas. Ce parfumeur était un être des plus étranges qu’il m’ait été donné de rencontrer. Tantôt sérieux, tantôt loufoque. Son attitude était déconcertante et déroutante. Il était assez imprévisible. Ou bien avais-je simplement cette impression car je venais à peine de faire sa connaissance ?… Après tout, j’étais bien placé pour savoir que nous étions tous réglés comme du papier à musique, agissant toujours de la même façon, gesticulant toujours de la même manière… La seule chose qui changeait d’un individu à un autre, était la musique. Nous avions chacun la nôtre, elle nous était personnelle et c’était ce qui faisait de nous, des êtres uniques.

J’écoutais Saron, sans me formaliser ni même m’étonner de ses rires ou de sa gestuelle théâtrale. Tout cela n’était que fioriture. Il y avait bien plus que cela derrière ce masque frivole et agité. Je préférais me concentrer sur ses réelles intentions. Sur ce qu’il désirait de moi. Aussi, je continuais de le fixer, un sourire en coin, attendant patiemment qu’il en arrive au but précis de toute sa mise en scène.

Sa remarque sur le lieu des secrets, n’était pas si inappropriée finalement. Pour le reste...


- Absurde, non. Je ne dirais pas cela mais inattendu, oui.

En soit, qu’on vienne payer pour obtenir des informations dans un lupanar, n’avait rien d’inattendu non plus. Mais je doutais que Saron vienne uniquement pour cela. Il avait quelque chose derrière la tête…. Pardon sous sa tignasse en friche… Il n’aurait pas joué de la sorte pour avoir des simples informations à la portée de tous.

Je me détendais sur ma chaise et pris une posture plus décontractée, cependant, je ne relâchais pas mon attention à son égard. Et lorsqu’il me parla de sa passion pour la vérité, je pus que sourire plus largement et plus narquoisement. Ma vérité ? Moi ? C’était cela qu’il entendait par là ? Néanmoins, je n’eus pas le loisir de me pencher davantage sur cette remarque. Il détourna, peut-être délibérément, peut-être pas, mon attention. Mon regard d’acier se posa sur la montre qu’il venait de sortir de sa poche. Ouh ! Qu’elle était belle ! Bien brillante. Bien trop. Soit elle était neuve, soit il s’agissait d’or blanc. J’en avais déjà entendu parler mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en voir en vrai. Tout ce que je savais c’était que l’or blanc était encore plus scintillant que l’argent le plus poli. Et sa montre-là, elle était éblouissante malgré la pénombre dans laquelle nous nous trouvions. Cela m’intrigua d’avantage. Qui était ce Saron ?… Un simple parfumeur avait-il vraiment les moyens de s’offrir de telles merveilles ?

Tout ceci, ne fit que piquer ma curiosité. Et je patientais avec calme et grand intérêt la suite. Je souris amusé à ses nouvelles fantaisies. On aurait dit une marionnette qui s’animait pour jouer son petit numéro avec son phrasé si simple et si complexe à la fois. Et aussi, avec sa gestuelle trop enthousiaste.

Mais derrière tout ceci, était apparu son souhait. Et je devais dire qu’il était pour le moins inhabituel. Je ne pus réprimer un nouveau sourire amusé. Je décidais d’entrer dans son jeu. Après tout, pourquoi pas ? J’avais toujours aimé le théâtre et cela faisait partie intégrante de ma vie de tous les jours. Aussi, je me levais et marchais d’un pas félin et sensuel vers les miroirs. Je les tournais avec une lenteur calculée et un geste doux, tous vers moi. Je jetais de temps à autres, de brefs coups d’oeil en direction de mon invité. Un sourire malicieux étira mes lèvres et mon regard pétillait de mille feux. Puis, je me mis en face des miroirs et m’admirais littéralement. Comme je le faisais lorsque j’étais seul, dans ma chambre.


- Ce que je vois, hein ?…

Mes yeux glissèrent sur tout mon corps, s’arrêtant sur chaque détail qui en faisait la perfection incanrée.

- Et bien l’être le plus magnifique qui n’ait jamais foulé le sol crasseux cette Terre. Je suis absolument et incontestablement sublime. Je possède les proportions parfaites.

Je m’avançais vers mon reflets et effleuraient mes cheveux, dans un geste théâtral. Puis, je descendais vers mon visage, mon torse et mes hanches. Tout en se faisant, je prenais des poses séduisantes, aguicheuses, tentatrices.

- Des cheveux doux comme de la soie, blond comme les blés. Des yeux d’un bleu profond. Un regard pétillant, vivace et intelligent. Une bouche gourmande qu’on a envie de baiser. Un torse et un ventre finement musclé. Et une chute de reins à faire damné un saint…. Je suis tout simplement irresistible.

Je me tournais vers Saron avec un large sourire, plein de fierté.

- Un véritable ange tombé du ciel.

Puis, je m’avançais de nouveau vers la table et posais mes mains dessus. Je me penchais en avant, mon visage à quelques centimètres du sien. Je l’observais avec un sourire narquois et un regard plein de défiance.

- Un ange, sans âme, Sieur Saron…

Je restais ainsi sans bouger quelques instants, plongeant mon regard dans le sien, sondant son âme, avant de me reculer lentement, tel un prédateur qui recule pour continuer à jauger l'autre prédateur qu'il a face à lui. Je regagnais ma place.

- J’espère que cette petite mise en scène improvisée vous a plu… Dites-moi Monsieur Saron, j’ai une question pour vous… Pouvez-vous me dire précisément ce que vous voulez savoir ?… Vous savez, j’adore le théâtre… Mais je préfère aller droit au but lorsqu’il s’agit d’affaires autre que mon travail.

Je souris toujours très détendu, agréable, malicieux mais pas naïf.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Jeu 17 Mai - 18:17

Spoiler:
 

~♪~



La petite danse continuait, languissante et surprenante et les pantins se levaient et s'agitaient au son discret mais omniprésent des aiguilles tournant dans leur carcan de verre. Ce n'était pas une comédie, ni même un spectacle des beaux-arts : c'était là la plus pure vérité qui venait se dépeindre sur la scène. Chaque mouvement, chaque ondulation du jeune corps laissait derrière lui sa traînée d'encre dans l'atmosphère, comme pour écrire du bout de ses doigts son histoire intrinsèque, de lui-même, sans vraiment s'en rendre compte. Pourtant ce n'étaient pas les mots clairs placées sous le feu des projecteurs qui attisaient le plus l'attention du parfumeur. Oh, certainement que ceux-là se prêtaient à la mise en scène et à l’édition de l’histoire, mais ils n’étaient que des lueurs factices, des feux-follets de strasses et de paillettes tout juste bon à détourner le regard et captiver les ignares. Non, ceux qui l’intéressaient bien d’avantage étaient les mots de l’ombre. Ceux glisser au détour d’une phrase, à la ponctuation d’un juron ou d’un jugement. Ceux qui s’échappaient sans le vouloir, loin des lumières aveuglantes, se réfugiant au creux de l’obscurité là où les ombres venaient les cueillir comme autant de fleurs délicates et fragiles. Alors, une fois le bouquet recomposé, les fragrances pouvaient se humer d’une même inspiration et, ensemble, dévoiler toute la complexité de leur subtil diapason.

Et c’était bien radieux, c’était bien beau tout ce que le garçon pouvait offrir de lui ! Sa maîtrise de son corps était assurée mais harmonieuse, bien tenue mais subtile. On y croirait presque ! Et tandis qu’il ondulait, parlait et se jetait des fleurs, les attentions de Saron tels des limiers infernaux rodaient autour de lui, guettant chaque interstice de cette âme crasseuse dans un corps de velours. Et l’odeur de la pourriture émanant des failles dans la porcelaine tel un nuage de mouche nauséabond venait attiser leurs appétits bestiaux les plus primaires, tandis que dans un grondement inaudible, ils souriaient de pairs avec leur maître, leurs rictus affreux ruisselant d’une écume noiraude à la senteur de fleur et de charbon.
Il avait bien eu raison : il était parfait. Une apparence d’ange tout en volupté pour un cœur putréfié imbus de vers grouillants et avides. Délicieuse dualité à laquelle le parfumeur était particulièrement sensible. Ce mélange d’odeurs offrait un bouquet des plus exquis et qui sans nul doute, entre ses mains expertes, feraient des ravages.

Son visage vint se placer à quelques centimètres du siens, et leurs regards se mêlaient et se plongeaient l’un dans l’autre comme dans un ballet langoureux à la tension planant entre l’érotisme et l’excitation du danger. Pourtant, il restait calme, le parfumeur, les doigts toujours croisées sous son menton. Mais au fond de ses yeux trop clair comme deux miroirs où ne trônait pour tout âme que le vide, une lueur comme une flamme putride répondait depuis ses ombres à l’étincelle dans celui du garçon. Ainsi qu’un sourire au coin de ses lèvres fines. Il l’observait toujours lorsqu’il s’assit, visiblement fier comme un petit coq de sa précédente prestation, tout pompeux, tout guilleret, l’adorable morceau de viande qui se dandine. On y croquerait. Une innocence charmante. Et puis vint sa question, sa petite question posée ici avec légèreté dans l’espoir d’une réponse direct. Mais quoi ? Qu’était-ce donc que cela ? Une outrecuidance fort peu adaptée, pourtant elle ne faisait qu’ajouter encore au charme de la créature qui, pour une fois, ne semblait pas être feint. Ce fut donc tout d’abord par une mine légèrement surprise, puis par un sourire teinté de narquoiserie que Saron répondit au jeune homme. Il plongea de nouveau son regard luisant dans celui de son interlocuteur, posant son menton avec négligence sur sa main, retenant ainsi sa tête sans le lâcher des yeux.

- Mais, mon jeune ami, où avez-vous donc la tête ? Son sourire narquois s’élargit légèrement tandis qu’il laissait planer un silence avant de reprendre : Je suis votre client. Nous ne sommes pas en dehors de votre travail : je vous paye pour que vous me fassiez plaisir, n’est-ce pas ? Et généreusement qui plus est. Alors laissez-moi le plaisir de poser mes questions mon doux petit ange blond, et contentez-vous d’y répondre.

La douceur langoureuse de la voix de l’étrange parfumeur ne pouvait pour autant dissimuler la fermeté inconditionnelle de sa sentence. Il laissa planer un silence, sans perdre ni son sourire, ni le regard de son interlocuteur, un silence presque pesant. Puis la tension sembla s’alléger lorsqu’il rompit le contact visuel en souriant de plus belle, un sourire plus large et enjoué.

- Mais oui, mon garçon, oui : Ta mise en scène m’a énormément plu ! Cette démarche, cette dégaine, ce langage corporel si parfaitement maitrisé, ce roulement de hanche à vous arracher le cœur de la poitrine… Et ce sourire dessiné par le Créateur en personne ! C’est à … Vendre son âme.

Le parfumeur s’agitait en parlant à nouveau comme un pantin désarticulé, pourtant il sembla avoir un léger temps d’arrêt à ses derniers mots, un étrange sourire creux sur les lèvres. Puis, aussi vivement qu’un prédateur sentant sa pitance, il braqua à nouveau son regard droit dans celui d’Ange, un sourire plus carnassier aux lèvres.

- Mais surtout ce regard.

Nouveau sourire, tandis qu’il se redressait doucement sans le lâcher des yeux, comme un serpent quittant le trou terreux de ses ombres. Sa voix se fit plus douce et persifleuse, mêlant la douceur du miel et la chaleur de la braise à quelque chose de plus intrinsèquement dangereux.

- Ce regard si profond, si plein, si beau. Oh, non pas la couleur, quoiqu’elle soit certes agréable. Mais l’intérieur… A son tour, Saron s’approchait du garçon, laissant ses doigts  crochus glisser sur la table de bois tandis qu’il contournait cette dernière, se glissant inexorablement vers lui. Oui, l’intérieur semble tellement plus beau, tellement plus affriolant, plus…

Son visage était cette fois à son tour à quelques centimètres du siens, ses lèvres proches des siennes, son souffle tiède se mêlant à son parfum de rose, et le regard planté comme un poignard au fond du sien, et loin de s’en satisfaire, creusait et fouillait encore sans pudeur aucune. Il conclut d’un dernier mot.

« Appétissant. ~ ♥️ »

Une nouvelle tension s’installa alors, plus chaude et langoureuse que la première, quelque chose d’hypnotisant. Ainsi qu’un silence laissant parler, crier, hurler l’imagination à l’émoi face à la scène arrachant à la réalité son masque factice pour montrer les lueurs obscures d’une vérité délicieusement déliquescente.
Et puis soudain, comme si de rien n’était, le parfumeur rompit à nouveau le contact sans une once de remord. Il partit dans un léger rire tandis que ses mains se posaient sur les bras du garçon, descendant rapidement le long de ses manches comme deux araignées tissant leurs toiles. Il prit ses mains dans les siennes avec délicatesse mais fermeté et l’invita à se relever pour le suivre.

- Mais vous sembliez vouloir danser, alors je vous en prie : dansons au clair de lune !

L’attirant plus près de lui, il posa une main sur sa hanche, l’autre main levant la sienne sur le côté, et ainsi il mena la valse au seul son de ses pas claquant le plancher et celui des aiguilles qui chantaient leur entêtante cantonade. Il tournoyait avec langueur et volupté, avec fougue et violence parfois puis avec douceur et allégresse, mais toujours avec une grâce et une maîtrise certaine, emportant avec lui le jeune garçon sans lui laisser son mot à dire, gardant sur les lèvres son large sourire. Et sans arrêter de danser, il reprenait la parole.

- Vous avez su éveiller ma curiosité Ange, c’est très bien. J’apprécie ce que je vois en vous, à travers vos propres yeux. Votre personnalité, l’intimité de votre âme. Approchant son visage de son cou, il sembla en humer le parfum en frémissant de plaisir. Et la fragrance délicieuse de vos passions. Vous parvenez à éveiller en moi de bien sombres aspects, je suis plutôt impressionné.

Redressant le visage vers lui, il fit basculer le garçon en arrière sans crier gare, arrêtant le tumulte de la danse aussi net, le retenant dans sa chute simplement d’une main sur laquelle il pouvait se reposer sans crainte. Il approcha son visage du siens, remontant ses doigts le long de sa poitrine, les crispants en son centre comme s’il voulait en arracher le cœur à travers le tissue, tandis que son regard glacial se plongea à nouveau dans le siens, tout proche, si proche.

- Continuez ainsi mon garçon. Suivez mes pas, ne craignez point les ombres qui vous accueille dans leurs bras. Et je vous ouvrirai les portes de mon monde. Là où les désirs les plus fous deviennent réalisables, où la seule volonté la plus ardente peut transfigurer le monde. Là où le Savoir rime avec le Pouvoir. Il s’approcha encore un peu, serrant davantage ses doigts sur sa peau à travers sa chemise, sifflant presque entre ses lèvres serrées : Je vous promets que cela vous plaira. Foi de parfumeur.

Un nouvelle ignoble sourire sur ses lèvres. Et puis soudain, il redressa son corps, usant de lui comme on usait d’un jouet, mais avec une précision et un savoir-faire aussi inquiétant que terriblement grisant. Et le revoilà devant le miroir. Dans leur danse, dans leur transe, voilà où Saron voulait en venir. Dans le reflet, on pouvait voir le jeune ange blond, les bras croisées avec sur ses mains et sur ses bras, les bras et les mains du parfumeur en croix, qui le tenait droit devant lui, avec une infinie douceur toutefois. Il restait dans son dos, dans son ombre face aux reflets, son visage légèrement baissé, dissimulé, et au travers de quelques mèches de sa chevelure, on ne pouvait discerner que son regard pénétrant, luisant presque dans la pénombre projetée sur son visage. Son souffle caressa la nuque de l’angelot tandis qu’il reprenait la parole d’un ton amusé, calmant l’ardeur de la danse passée.

- Nous y revoilà, devant ce miroir. Ce merveilleux miroir. N’est-ce pas lui votre meilleur ami ? Est-ce son honnêteté qui vous plait ? Ses mains se délièrent des siennes, commençant à doucement glisser le long de son corps avec sensualité. D’abord vers son cou, sa joue, avec langueur : Ce visage d’ange qu’il vous offre ? Un doigt vint doucement glisser sur le bord de ses lèvres pulpeuses. Cette bouche si gourmande qu’il fait sourire ? Puis descendant vers ses hanches qu’il griffa lentement. Ce corps si sensuelle qu’il anime ? Caressant ses cuisses, contournant habilement les zones les plus sensibles comme pour jouer encore, puis remontant sur son ventre, son torse, puis au-dessus de son cœur qu’il serra lentement dans sa main. Veillez toutefois à ne pas vous confondre avec votre reflet. Il pourrait finir par prendre votre place.

Un dernier souffle sur la nuque, un léger rire au creux de l’oreille, puis le contact de son corps contre son dos s’estompait, ses bras finissait de glisser sur sa silhouette pour se reculer légèrement, quittant cette étreinte ophidienne pour reprendre ses distances, un sourire satisfait sur les lèvres. Il attendit qu’Ange se retourne, tandis qu’il l’observait toujours avec le même intérêt. Il semblait de nouveau plus calme, plus maîtrisé, moins animal. Pourtant, la braise nauséabonde était toujours visible dans son regard miroitant. Il sourit à nouveau au garçon avant de reprendre la parole.

- Tu as répondu à ma première question avec une originalité et une pertinence très intéressante, Ange. Mais je crois que je ne me suis pas encore présenté ! Quel maladroit je fais… Remédions à cela, veux-tu ?

Saron écarta légèrement les bras en souriant de plus belle, annonçant non sans un certain amusement :

- Présente moi. Il laissa planer un silence, observant la réaction du garçon. Qui suis-je ? Donne-moi les détails, les idées, les observations, les hypothèses, les certitudes, les jugements, les sentiments. Tout. Je te l’ai dit et je ne t’ai pas menti mon garçon : Ce soir, je veux que nous visitions tous les univers.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Jeu 7 Juin - 0:04


La remarque du parfum me laissa un goût amer. Il avait raison. Il était le client, il payait et « généreusement » comme il disait, aussi, il était tout naturel que je lui fasse plaisir en répondant à ses questions. Et si, autant dans mon travail, je savais faire passer les désirs des clients avant tout, j’avais une sainte horreur qu’on me rappelle à ma fonction. Surtout, qu’il était dans le vrai. Voilà deux bonnes raisons pour moi pour le détester. Néanmoins, je ne montrais pas ma désapprobation, me contentant de faire un sourire en coin qui signifiait un « vous m’avez eu » silencieux.

- Veuillez me pardonner pour cette faute de débutant. Cela ne se reproduira pas Sieur Sharazhar.

J’étais toujours détendu et je ne le quittais pas des yeux. J’avais l’intime conviction qu’il n’était pas là que pour me poser de stupides questions. Ce parfumeur… Il cachait quelque chose. Et il se servait de la couverture d’un client lambda pour obtenir quelque chose. Il avait beau dire qu’il avait payé pour disposer de moi à sa guise, cela ne me suffit pas comme explication. J’espérais voir quelque chose, dans ses yeux, dans ses gestes, sur son visage… N’importe quoi, aussi bref qu’une fraction de seconde fut-il, peu importait. J’étais prêt à décoder son langage corporel pour avoir une idée, un début de piste de sa présence ici et de ses attentes. Nous nous regardions, nous jaugions certainement et cela dura une éternité. Quelques minutes ainsi, dans un silence pesant…. Jusqu’à ce qu’il décide de le briser. Toujours avec son sourire de clown de foire et son ton théâtral. Il ne tarit pas d’éloges à mon encontre, ce qui fit énormément plaisir à mon égo et je passais l’éponge sur sa précédente et désagréable attitude. Mais là encore, je m’en montrais rien. Toujours ce petit sourire en coin accroché à mes lèvres, alors mes yeux buvaient, se gavaient littéralement de ses compliments. Lorsqu’il marqua un temps d’arrêt sur certainement ce qui me définissait le mieux, je pus voir de nouveau ce changement soudain d’attitude. Du clown étrange, il redevint ce prédateur, mystérieux et dangereux. C’était sans aucun doute quelqu’un d’effroyable. Il réussissait à m’impressionner. Et ça, ce n’était pas donné à tout le monde.

Malgré tout, je ne le quittais toujours pas des yeux. Face à un prédateur, on ne baisse pas les yeux. Agir comme une proie, fait de vous une proie. Or, je n’en étais pas une. Moi aussi, j’étais un prédateur. Nous avions au moins ça en commun. A défaut d’un bon coiffeur.

Je le regardais faire, se lever, faire le tour de la table en laissant négligemment ses doigts glisser sur le bois, puis venir se pencher sur moi. Allait-il me dévorer ? J’ai bien cru qu’il allait le faire oui. Encore cette sensation étrange et épouvantable qu’il était un prédateur bien plus fort que moi. Si j’osais, j’aurais pu dire qu’il était un diable venu m’avaler tout cru, mon corps comme mon âme. Ah mais non, j’en n’ai plus c’est vrai ! N’empêche…. Ce Saron… Il savait d’y prendre pour donner des frissons dans le dos et pas d’extase. Ce qu’il me montrait était son vrai visage ? Ou un personne de son cru ?… En tout cas, mieux valait être dans son camp que de se retrouver ennemi face à lui. Là-dessus, je n’avais aucun doute. Il me semble qu’en cet instant précis, je laissais apparaître ma décontenance. Durant quelques brefs secondes, avant que je ne me ressaisisse.

Encore une éternité.

Je soufflais intérieurement lorsque finalement il se redressa. Comme si un poids venait de m’être ôter de mes épaules. Je repris mon attitude décontractée et reposais sur lui, un visage souriant détendu. Je me relevais à mon tour, acceptant sa main pour danser. Voilà donc le retour du clown. Je me laissais faire alors qu’il nous guidait, tentant de suivre ces changements de rythme, clairement pas à l’aise dans le rôle de la poupée. Je trébuchais et me prenais les pieds dans mes propres pas, alors que lui semblait s’amuser. Il me caressait encore dans le sens du poil, flattant mon égo, ce qui eu pour effet de dissiper l’énervement naissant sur mes beaux traits, dû à cette danse endiablée. Il savait vraiment y faire avec moi et c’était déconcertant et désagréable. Je n’appréciais pas du tout, car je n’avais aucune emprise sur ce satané parfumeur, contrairement à lui. D’habitude, c’était moi qui menait la danse pour obtenir ce que je voulais et faire plier les esprits faibles. Or j’avais le très déplaisant sentiment que c’était moi l’esprit faible qui se faisait manipuler….

Soudain, je basculais en arrière. J’écarquillais les yeux, complètement ébahit par ce qui venait de se produire, ne m’y attendant absolument pas. Mais mon esprit reprit rapidement le cours de ses pensées, en entendant la nouvelle tirade ô combien intéressante de Saron. Voilà ce qu’il voulait. M’emmener avec lui dans les ténèbres. C’était dont là, la raison de tout ce numéro de clown. L’apprendre me détendit, complètement. Au moins maintenant, je savais. Et j’esquissais un nouveau sourire au parfumeur à la coiffeur hirsute. Ce dernier me releva de nouveau pour me planter, à ma grande surprise, devant le miroir. Et ce que j’y vis me laissa perplexe. Jusqu’à présent, j’avais toujours mener ma barque seul. Sans Dieu ni maître. Malgré tout, je n’étais jamais libre totalement. Personne ne l’était. Nous suivions tous des règles, imposées par la société, par la patronne, par la nature…. Aussi, la liberté n’était qu’illusoire en fin de compte. Alors pourquoi ne pas me mettre au service de quelqu’un de puissant ? Je pourrais obtenir bien plus et bien plus rapidement tout ce que je désire que par moi-même. N’était-ce pas là l’unique raison de mon travail en ce lieu de la perdition ? Cependant, pourrais-je le quitter aussi aisément que je quitterais cette maison ?….

Ses mains glissant sur mon corps, me firent sortir de mes pensées. Et à sa dernière remarque, je ne pus de rire aux éclats.


- Cela n’arrivera pas, jamais. Mon reflet est dénué d’intelligence. Il ne sait que me copier physiquement….

Je resterai maître de moi-même. Jusqu’au bout et quoiqu’il arrive.

Puis, le parfumeur s’éloigna et je me tournais pour lui faire face une nouvelle fois. Il avait toujours ce regard malsain, mais son attitude était toujours celle du clown. Un prédateur qui jauge et qui joue avec un autre prédateur. Voilà ce que nous étions. Ou plutôt, l'un qui teste l'autre.

Cette nouvelle question ne m’étonna pas venant de sa part. Je commençais à connaître le personnage. Aussi, je souris amusé et regagnais ma place à table, très calmement.


- Et bien, voyons… Vous êtes un parfumeur très original. Je dirais même, une personnalité excentrique, mais c’est le cas de tous les artistes n’est-ce pas ? Vous êtes un homme qui a réussi dans la vie et cela se voit autant dans votre façon de vous habiller que dans votre manière d’être. Vous avez l’assurance des gagnants et vos vêtements sont de confection de qualité. De plus, l’argent ne semble pas être un problème pour vous, vu la somme que vous avez et allez encore dépenser en une seule nuit, pour réaliser vos… fantasmes d’artiste excentrique.

Je marquais un temps d’arrêt, faisant mine de réfléchir, les yeux dans le vague, avant de les reposer sur lui. Un sourire malicieux et un regard perfide apparurent sur mon visage.

- Ca, c’est ce que la majorité des personnes doivent penser de vous, en vous voyant.

Je laissais un nouveau temps d’arrêt, le faisant un peu languir car je savais parfaitement que cette réponse ne lui serait guère satisfaisante.

- En ce qui me concerne, vous êtes bien plus qu’un simple parfumeur. Vous avez réussi, ça c’est certain…. Maintenant grâce à votre nez… Je ne pourrais l’affirmer. Votre profession est sans conteste celle que vous prétendez, et pour preuve, cette effluve parfaite qui vous colle à la peau. Je ne possède pas votre talent mais je côtoie beaucoup de gens dans mon métier et rares sont celles qui sont parfumées ou qui possède une essence aussi recherchée et en accord avec leur personnalité…. Vous devez certainement jouir d’une très bonne réputation de parfumeur, sinon nous ne pourriez vous vêtir si richement, afficher votre argent de la sorte ou vous payez une montre en or blanc, sans que cela n’éveille les soupçons…. D’ailleurs, j’ai supposé qu’elle était en or blanc à cause de sa brillance, en rien comparable au métal argenté, mais peut-être ai-je tort à son sujet ?

En réalité, il ne s’agissait pas d’une véritable question. Bien que j’aimerai en connaître la réponse.

- Donc je disais, un parfumeur prestigieux… Au grand jour… Car la nuit, vous êtes l’homme de l’ombre. Celui qui dirige, qui tire les ficelles, qui place les pions. Vous me l’avez montré tout à l’heure, face au miroir. Vous faites des autres vos pantins, qui agissent selon vos envies, pour arriver à vos fins. D'ailleurs, vous savez vous faire respectez et obéir, avec le sourire, comme lorsque vous m'avez remis en place en me faisant comprendre que étiez en train de louer mes services. Une façon de rappeler que c'est vous qui commandez... Vous faites preuve d’une intelligence remarquable que vous cachez derrière ce masque loufoque, peut-être pour endormir les soupçons… Aux yeux du monde, vous n’êtes qu’un excentrique et cela doit arranger vos petites affaires et éloigner les curieux… Mais en réalité, vous êtes bien moins fou que ne le laisser supposer. Je suis certain que vous ne laissez rien au hasard, pas la moindre parole, pas le moindre geste… Ce qui fait de vous quelqu’un de redoutable et de dangereux…. Vos compliments sont-ils sincères ? Je ne saurais le dire... Peut-être que oui, peut-être que non, mais me caresser dans le sens du poil vous a permis de m'approcher sans éveiller mes soupçons trop tôt... Telle une araignée, vous tisser votre toile dans les ténèbres, placer vos pièges, et donner vos ordres…. Voilà pourquoi vous vouliez savoir ce qui se cachait derrière mon visage d’ange. Ai-je le coeur suffisamment corrompu pour devenir l’une de vos précieuses marionnettes ? Vous me feriez danser, au son de votre musique, dans la noirceur des ombres, bien au chaud…. Aussi, si j’étais croyant, je dirais que vous êtes... le Diable Sieur Saron.

Je m’arrêtais de nouveau là, esquissant un sourire plein de satisfaction de suffisance. Fière de ma déduction.

- Et comme je vous l’ai dit, je n’ai pas d’âme à marchander…. Alors que désirez-vous, Monsieur le Diable ?… Non, ne dites rien ! Laissez-moi deviner. Dans la mesure où je n’excelle que dans un seul domaine, je suppose qu’il s’agit de séduction ou d’informations…. Les deux peut-être ?…

Je calais mon dos contre le dossier de ma chaise, toujours aussi souriant.

- Alors, qu’en dites-vous, Sieur Sharazhar ? Etes-vous satisfait de cette présentation-ci aussi ?

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Mar 26 Juin - 20:48


« Si j'étais croyant, je dirais que vous êtes le Diable. »

~♪~



Un lourd silence s’abattit sur la scène. Un silence assourdissant comme un acouphène douloureux, comme un crissement strident dans le cerveau ; comme le cri soudain, d’horreur et de souffrance, d’un millier d’âmes damnés, noircis par la cendre, noyés dans le Styx boueux, hurlant à l’unissons sous la pluie diluvienne d’encre sombre. Tentant vainement de s’arracher au courant, s’accrochant à la berge fangeuse et malodorante, leurs bras maigrelets tendus vers un salut incertain, leurs ongles crasseux de poussières pointer vers l’âme bien portante. Et leurs regards creux n’exprimaient que le vide, que le cœur arraché par le kriss maudit ; et leurs gueules édentés n’imploraient qu’une seule chose, une seule demande, conscientes qu’elles ne pourraient plus échapper à leur sort, elles tentaient une dernière action tournée vers la lumière : « Enfuis toi ! Fuis, tant que tu le peux ! » Et derrière eux, l’ombre continuait de sourire en silence.
Et les vents infernaux venaient balayer la scène illusoire, l’emportant comme poussière dans le vent, tandis que l’être d’ombre s’avançaient de la berge, reprenant sa place dans une chambre à l’atmosphère lourde, pesante, comme avant que l’orage ne gronde. Quelque chose comme une chappe de plomb, comme un crépitement inhérent à l’âme en détresse s’insinua dans la scène, et pendant cette fraction de seconde semblable à un fragment d’éternité, il sembla que cette chambre aux miroirs flottait entre les mondes, dans un lieu où elle ne devait pas être. L’air semblait plus lourd, plus difficile à respirer, et l’on put jurer que la lueur des bougies était comme dévorer par l’obscurité alentours, donnant à la pièce des couleurs plus blafardes et crépusculaire. Comme si dix années s’étaient écoulés sur le papiers peints trempés d’obscurité et de moisissure, sur les vitres et les glaces couvertes de bués, sur les tapis de soies blanches jaunies par l’inlassablement battement des aiguilles qui continuaient de tourner.
Cette impression fugace ne laissa derrière elle que l’image d’un rêve, une illusion ou un fantasme étrange sans explication. Pourtant, la sensation semblait toujours palpable, laissant un arrière-gout acre de cendre et de sang dans la bouche. Ainsi que cette délicieuse chaleur au creux de la poitrine, cette douce caresse, agréable et envoutante, juste sur le muscle cardiaque pulsant de vie : là où ses griffes s’étaient posées.

L’impression se dissipa aussi vite qu’elle était apparue, ne laissant dans la pièce plus obscure qu’à l’accoutumé – sans doute un nuage noir passant devant les rayons lunaire – que le jeune garçon aux cheveux d’or et son étrange client. Ce dernier n’avait pas lâcher l’enfant des yeux un seul instant, son regard perçant et bien trop clair planté dans le siens comme les crocs d’un serpent agrippé fermement à un petit rongeur, et dans son regard luisait toujours cette lueur étrange qu’il put voir plus tôt, lorsqu’il était face à lui. Il restait immobile, debout face à son interlocuteur, debout entre l’ombre et la clarté, un sourire énigmatique aux coins des lèvres. Laissant le silence planer, laissant l’ange passer. Puis son sourire s’élargit encore, et l’on eut pu jurer l’entendre craqueler comme une fissure sur un masque de porcelaine.

« Cette présentation me satisfait… Partiellement, Ange. » La voix du parfumeur résonna dans la pièce, comme un souffle neutre et sans émotions. Son sourire laissa alors place à une mine apathique plus douce, presque attristé, mais dont Ange pouvait sans peine en deviner la fausseté. « Malheureusement, tu as fait deux erreurs. »

Le sourire réapparu alors et une lueur maligne fureta dans ses yeux, comme celle d’un chat qui s’apprêtait à s’amuser, comme celle d’un enfant prêt à jouer un mauvais tour. Sa voix résonna alors à nouveau, mais cette fois chargé d’une langueur profonde, comme le souffle d’un amant ou le murmure d’un démon.

« Je te laisse le soin de corriger. »

Et cela sonna comme un ultimatum. Aussitôt Saron eut-il terminer sa sentence qu’il fit un pas vers Ange. Ce pas claqua sur le plancher en chœur avec les aiguilles qui claquaient dans le carcans de verre, avec les cœurs qui battaient dans les poitrailles. Un pas qui arracha soudain toute rêverie et précipitait quelque chose comme une fin. Puis un second pas marqua le planché, en même temps qu’un autre tintement des aiguilles. Le prostitué et son client étaient encore séparés par la pièce, mais chaque claquement de l’aiguille rapprochait le parfumeur qui ne lâchait plus l’angelot des yeux, les mains dans le dos, s’extirpant des ombres pour s’avancer vers lui. Inexorablement. Les ombres suffoquaient, les flammes des bougies vascillaient. Alors, une seule idée devint une véritable conviction : ces pas, ces claquements de l’aiguille, ces battements de cœurs résonnaient comme un compte à rebours.

Et les aiguilles chantaient.

Et les aiguilles chantaient.


Et les aiguilles hurlaient.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Mer 1 Aoû - 16:04


Suite à ma présentation, un lourd silence s’installa dans la pièce. Tellement lourd, tellement pesant. J’avais l’impression que le temps avait suspendu son vol et qu’on était coincé là, dans une sphère hors du temps et de l’espace. J’eus cette désagréable sensation, comme si quelque chose n’allait pas… Comme si quelque chose n’était pas « normal ». Le sentiment de ne pas être à l’endroit où l’on devrait. Et je ne faisais pas que référence à moi, mais à toute cette chambre. Je sentais d’un coup, mon coeur battre à tout rompre dans ma poitrine. Si j’ouvrais la porte, serais-je encore dans le Jardin d’Eden ? Ou en Enfers ?… C’était totalement étrange qu’une telle pensée vienne à frapper mon esprit de la sorte. Je n’étais pas un être pieux, ni un trouillard. Il était très difficile de m’effrayer ou même de me déstabiliser. Et ce type-là… Ce Saron… Y parvenait bien au-delà de tout ce qui était possible. Cela m’exaspérait au plus haut point ! C’était de sa faute ! C’était lui qui avait faire naître cette désagréable sensation. Et il avait usé de la même méthode que moi : la suggestion.

Ah ! Je voyais clair dans son jeu à présent. Cette chambre, grâce à ses nombreux miroirs et sa faible lumière, rendait l’esprit des gens plus malléable. C’était ce que je m’employais à faire avec mes clients. Faire naître du désir et du fantasme, dans cette ambiance si mystérieuse. Tous les éléments étaient réunis et je savais parfaitement les utiliser à mon avantage.

Mais si jamais quelqu’un changeait un ou deux petits détails, il ferait naître de la tension ou de la peur. Il suffisait d’adopter une toute autre attitude, d’instaurer un jeu méphistophélique et le tour était joué. Au moment où les nuages masquerait la lune, obscurcissant ainsi la pièce, je me mettrais forcément à penser à des choses surnaturelles. Ah il était fort ce parfumeur ! Et si je reconnaissais volontiers qu’il était un maître en la matière et qu’il me surpassait, je n’appréciais pas du tout cela. Qu’on se joue de moi ainsi m’était intolérable.

D’autant qu’il me jeta littéralement à la figure que je n’étais pas assez bon. Que j’avais fait des erreurs et qu’il n’était que partiellement satisfait. Tsss ! Bah voyons ! Si je pouvais, je l’étranglerais en cet instant-même. Mais il n’était pas question que je perde tout ce que j’avais à cause d’une boursemolle ! Il fallait que je lui rabatte son caquet ! Il attendait certainement que je m’énerve et je n’allais pas lui faire ce plaisir. Il sera plus amusant pour moi de le prendre à son propre jeu. Jusqu’à présent, j’ai gentiment obéis à toutes ces exigences, de manière honnête. Voyons maintenant, qu’arriverait-il si je me montrais moins docile… Tout en subtilité bien sûr, qu’on n’ai rien à me reprocher.

Seuls ses pas brisaient le silence de la pièce. Des pas qui sonnait tel un compte à rebours. Il pensait donc pouvoir mettre davantage de pression sur moi, mais ça ne prendrait plus. Il m’avait mis en condition… Oh il y avait bien travailler ! Et cela aurait sans nul doute fonctionner sur n’importe qui. Mais voilà, je n’étais pas n’importe qui. Et Sieur Sharazhar allait devoir le reconnaître.

Aussi, je me détendis sur ma chaise, les traits de mon visage affichait un petit sourire à la fois décontracté et un brin narquois.


- Deux erreurs, vraiment ?… Sincèrement navré Sieur Sharazhar, mais je ne vois pas lesquelles… J’irais même jusqu’à dire que c’est une manœuvre de votre malice dans le but de me désarçonner et de me faire perdre mes moyens… Après tout, puisque vous êtes le Diable, je ne peux me fier à vous, ni prendre pour argent comptant vos dires...

Je poussais un petit rire, amusé et plein de suffisance.

- Néanmoins, si j’ai réellement commis ces deux erreurs, je vous prie de m’en faire part… Et j’admettrais volontiers m’être trompé.

Tout en parlant, je ne quittais pas des yeux mon interlocuteur. Le fixant d’un regard narquois, plein de défis et une attitude complètement détendue. Il ne m’aurait plus. C’était promis.

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MessageSujet: Re: Le Diable s'habille en Prada ~    Lun 3 Sep - 20:56



Un pas. Puis un autre. Et un autre. Résonnant dans la pièce au rythme trop régulier des aiguilles, métronomes sans âmes, qui claquaient dans un fracas semblant assourdissant. La montre semblait omniprésente, horreur du temps qui passe et de la fin qui approche. Vite, dépêche-toi. L’ombre s’étendait, la froideur qui s’insinue. La parole se perdait dans le flux monstrueux du temps que brassaient les aiguilles. Dépêche-toi, tu peux encore t’échapper. Mais il restait là, accroché sur sa chaise, prisonnier de ses orgueils et ses vanités. Et sa chaise qui voguait sur le courant le menant droit vers les portes de l’abîme le plus profond, celui où les âmes viennent s’échouer et se dissoudre lentement. Là où aucun espoir ne survit. Vite ! Et les doigts squelettiques se posent sur la poitrine.

Trop tard.

Il semblait n’être jamais venu aussi proche. Il semblait être resté à sa place, pourtant il avait suffi d’un battement cil et voilà Saron près – tout près – de la petite tête blonde. Son visage juste en face du siens, sa main gantée posé sur sa poitrine comme pour en relevait les battements de son cœur. Boum. Boum. Boum. Régulier, un peu trop rapide, mais régulier. Son regard d’un bleu trop clair était plongé droit dans celui du garçon. C’était quelque chose de glacial, deux morceaux de miroir aux pupilles trop petite, trop fine, qui tendait à s’ouvrir légèrement comme dans le bâillement d’une gueule monstrueuse prête à vous dévorer tout rond. Son visage était serein, tranquille, presque doux. Et sa voix ne fut qu’un murmure délicat, subtile brise qui vint apaiser les murs frémissants de l’horreur contre nature dont ils avaient été témoins. Les ombres se résorbèrent, le temps reprit son cours, et les aiguilles reprenaient leur souffle.  

« Félicitation. » Le sourire du parfumeur s’élargit lentement sans qu’il ne se recule, sans qu’il ne lâche le garçon des yeux ni ne retire sa main de sur sa poitrine. « C’était effectivement un mensonge. Pour voir comment tu t’en sortais… Du moins, pour l’une des erreurs. » Son regard se fit plus perçant encore tandis que ses doigts appuyé un peu plus sur son torse, comme pour se glisser insidieusement entre les os de sa cage thoracique pour saisir le cœur pulsant de vie. « Car tu as bien fait une erreur… »

Saron avança son visage, approchant ses lèvres fines d’une des oreilles d’Ange, frollant sa jambe avec la sienne et gardant toujours ses doigts sur sa poitrine battante. De prêt, son odeur était encore plus enivrante, un parfum parfaitement adapté à sa personne, quelque chose de musqué et d’entêtant, prompte à faire divaguer les sens mais aussi teinté de mystère et de complexité. Alors, à quelques centimètres de son lobe délicat, le parfumeur murmure de la voix douce des amants :

« Ton âme sent délicieusement bon. »

Un sourire carnassier, invisible pour Ange, affubla ses traits, tandis qu’il frôla son oreille du bout de ses lèvres douces, juste un instant, avant de se retirer sans demander son reste. Il se recula en tournant les talons, faisant dos à Ange avant de récupérer sa montre à gousset posée sur la table.

« Bien, excellent. Je suis satisfait de ce que j’ai pu voir. Nous avons terminé. » Il se retourna en reportant son attention vers son interlocuteur, reprenant cette mine courtoise, légèrement loufoque, qu’il avait au début de leur entrevue, et l’atmosphère elle-même redevint parfaitement naturelle, à tel point qu’il sembla pendant un instant que le monde lui-même recommençait à vivre. « Je ferais savoir à Dame Mélissande combien tu es un bon élément. Elle en sera ravie. » Fouillant dans une poche intérieure de sa veste, il sortit une nouvelle bourse de tissus semblant chargée de pièce d’or qu’il posa sur la petite table aux côtés de la seconde. « Ce fut une soirée… Fort agréable. Merci, doux petit angelot. »

L’étrange parfumeur adressa au garçon un sourire courtois teinté de narquoiserie, son regard lui trahissait un intérêt doublé d’un amusement certain. Il reprit ensuite son manteau et sa canne avant de se diriger vers la porte de sortie, sans plus adresser un regard au jeune homme. Il ouvrit la porte puis, avant de disparaître, il s’arrêta une seconde.

« A bientôt, petit prince. »

La porte se ferma doucement, et il disparut dans les ombres d’où il était venu, sans laisser aucune trace. Comme si jamais rien ne s’était passé. Pourtant, il restait quelque chose : près des deux bourses, il y avait un troisième cadeau.

Juste une rose.
Au parfum délicat
Et à la robe noire.


Tic-tac.
L'entends-tu, s'amusant, s'enjouant, s'approcher ?
Tic-tac.
Ses pas sont les pendules qui continuent de tourner.
Tic-tac.
Inutile de fuir ! Le destin est tout écrit.
Tic-tac.
Les secondes se bousculent, hâtes toi mon ami.
Tic-tac.
Il avance gaiement, légèrement, sans que rien ne l'arrête.
Tic-tac.
Et si tu ne prends garde, le bonhomme Tick-Tock pourraient bien voler ta tête.

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